le grimoire d'ArkandiasThéophile Amoretti, douze ans, est passionné de lecture. Tous les mercredis, il laisse sa mère Marie, avec qui il entretient une relation aussi détendue que complice, pour hanter les allées de la bibliothèque. C’est là qu’un jour, il tombe sur un ouvrage que quelqu’un semble avoir dissimulé, glissé sous l’étagère. Un grimoire de magie rouge. Fasciné, Théophile le feuillette jusqu’à trouver une drôle de note. Sur la recette permettant de fabriquer une bague d’invisibilité, quelqu’un a abandonné un papier, avec des précisions, des rectifications. Intrigué, Théophile décide de tenter l’expérience. Il se confie alors à son meilleur ami, Bonaventure: sceptique, celui-ci accepte néanmoins de l’aider à rassembler des ingrédients aussi invraisemblables que du sang de poule noire ou un oeuf punais. Les choses se compliquent lorsqu’en revenant à la bibliothèque, Théophile apprend qu’un inquiétant personnage est passé après lui, a consulté le grimoire et a réclamé la fameuse note.

Courte et sympathique, cette histoire a l’avantage de faire fonctionner un scénario assez simple sans être toutefois simpliste. Elle fait donc partie de ces histoires qui trouvent grâce à mes yeux pour être accessibles à des jeunes (ou très jeunes) lecteurs sans les prendre pour des imbéciles. Le début m’a pourtant inquiétée: un adolescent de douze ans qui se précipite sur la piste d’une bague d’invisibilité sans se poser la moindre question, mouais, pour la vraisemblance du personnage, on pouvait mieux faire. Mais très vite, on oublie ce détail pour se lancer dans le décryptage de la recette, soigneusement travaillée et qui se confronte agréablement au réalisme (et oui, on n’égorge pas si facilement une poule noir quand on est un citadin de douze ans). Les aventures des deux protagonistes sont donc prenantes et le rythme est efficace.
Les deux héros m’ont d’ailleurs beaucoup plu. Evidemment, en lecteur avide, Théophile a de quoi gagner toute ma sympathie, lui qui se désintéresse des niaiseries que l’on fait lire aux enfants pour se jeter sur de la substantielle littérature. Mais j’ai surtout beaucoup aimé Bonaventure, l’antillais aux tresses toujours en mouvement, toujours en train de grignoter quelque chose, ou de se plaindre des soirées musicales interminables de sa famille, lui-même flutiste virtuose. Original et attachant, je l’ai de loin préféré à Théophile, plus convenu. Ma petite déception concerne Agénor Arkandias, le spécialiste de la magie rouge. Si j’ai trouvé très intéressant qu’il ne soit ni méchant ni gentil dans l’histoire, je regrette qu’on ne lui ait pas réservé un rôle un peu plus approfondi.
Quand à l’intrigue, elle aussi ne reste pas sur les facilités du début, car une fois créée, encore faut-il contrôler la bague d’invisibilité sans faire de bêtises, car on ne s’improvise pas magicien rien qu'en laissé traîner l’oeil sur un grimoire. Une fois l’histoire lancée, les rebondissements sont au rendez-vous jusqu’à la dernière page, avec des retournements de situations assez habiles et efficace. Les pages tournent donc toutes seules, et ça, c’est quand même un gage de qualité.

La note de Mélu:

Note 4

Une jolie découverte.

Un mot sur l’auteur: Eric Boisset (né en 1965) est un auteur français spécialisé dans la littérature de jeunesse.

Afficher l'image d'origineLe film: en 2014, le roman fait l'objet d'une adaptation par Alexandre Castagnietti et Julien Simonet. Une très libre adaptation, devrait-on dire.Qui a ramené l'intrigue a quelque chose de vraiment simpliste pour le coup, voire carrément cliché. Théo, interprété par Ryan Brodie, devient le boloss du collège, celui que l'on remarque à peine et qui regarde de loin les populaires (clichééééééé), aux côtés de son pote Bonav (Timothée Costier), un petit gros à lunette qui aimerait bien pouvoir regarder les filles nues dans les vestiaires (clichéééééé). Lorsqu'ils découvrent le secret de fabrication de la bague d'invisibilité qui nécessite l'intevention d'un joueur de flute, ils se tournent vers Laura (Pauline Brisly), la bad girl dont tout le monde a peur parce qu'elle vit en foyer (clichééééééé) et qui va devenir leur meilleure amie (clichééééééé). Pour résumer: on a fait n'importe quoi avec les personnages histoire de les faire rentrer dans les cases du teen-movie à la mode, avec un petit gros qui joue un rôle de petit gros (mais secondaire, le rôle, faudrait pas quitter le politiquement correct non plus) et en envoyant parfois balader la vraisemblance élémentaire (Laura la bad-girl n'a qu'une passion: la flute traversière, bien sûr). Le personnage d'Arkandias lui aussi est bien assagi parce que dans les bons films pour enfant, les méchants ne restent pas méchants, mais il est sauvé par le jeu de Christian Clavier qui, pour une fois, n'en fait pas des tonnes et le rend vraiment pas mal.
Côté intrigue, évidemment, le livre étant court il a fallu étoffer un peu. Après tout pourquoi pas. Cela nous donnera au moins l'occasion de voir un trio de chouettes actrices, à savoir Anémone, Armelle et Isabelle Nanty faire les clowns et visiblement bien s'amuser.Comme je l'ai déjà dit, la fin est elle aussi attendue, avec un côté rédempteur et équilibre retrouvé bien conventionnel
De bonnes surprises cependant du côté de la réalisation et des effets spéciaux. L'invisibilité est visuellement très bien traitée et fournit à la fois de belles images, des situations cocasses et une jolie mises en scène. Cela en fait un film agréable à regarder, mais à l'intrigue vite oubliable et surtout, surtout, une adaptation tout à fait ratée.