coeur d'encreMeggie a douze ans et vit avec son père Mo entourée de livres. Et pour cause: le travail de Mo, c’est de réparer, relier, redonner vie aux livres. Elle-même ne se sépare jamais de quelques-uns de ses précieux ouvrages. Pourtant, jamais son père ne lui a lu une histoire. Pas depuis la disparition de sa mère, neuf ans auparavant. C’est alors qu’un étrange personnage frappe à leur porte. Il s’appelle Doigt de Poussière et semble bien connaître Mo, alors que Meggie n’en a jamais entendu parler. Il promène avec lui un étrange animal, une petite martre avec des cornes. Et surtout il appelle Mo “Langue Magique”.  Il lui parle d’une autre de leur connaissance, Capricorne, bien décidé à récupérer un livre dont Mo semble détenir le tout dernier exemplaire. Mo décide alors de cacher ce livre, intitulé “Coeur d’encre”. Mais Capricorne n’a pas dit son dernier mot.

Véritable phénomène et grand succès littéraire, ce livre sur les livres qui prennent vie a bien sûr des milliers d’admirateurs et c’est pour son thème, rêve de tout lecteur compulsif, qu’il m’a attirée. Et je dois avouer que j’ai été un peu déçue. D’abord parce que j’ai eu l’impression que l’histoire mettait un temps fou à démarrer. Il faut dire que c’est un petit pavé, tout de même, et en l’occurrence, j’ai trouvé que ce n’était pas justifié et qu’on aurait pu resserrer un peu tout cela. Surtout si l’on considère que finalement, il ne se passe pas tant de choses que cela dans le livre. Il mise beaucoup sur l’ambiance, onirique et mystérieuse, campée par ses personnages. J’ai eu un peu de mal à y accrocher.
Très vite, l’intérêt tourne autour du personnage de Mo et de ses étonnants talents de “Langue Magique”. La promesse de voir les personnages sortir du livre est bien sûr tentante et elle est évoquée d’une manière habilement complexe: certains vivent très mal cet exil de leur monde, d’autres sont prêts à tout pour ne jamais y retourner, d’autres encore en reviennent grandement transformés, et la question de la fin du livre reste longtemps en suspens. Pour autant, j’ai trouvé bien dommage que le roman se complaise dans l’univers du conte et de la jeunesse. La référence à Peter Pan, soigneusement entretenue jusqu’à accueillir Clochette en guest star, n’a pas suffi pour moi: les pirates et indiens de Barrie m’ont semblé bien plus tangibles que les malfrats de ce livre, et je n’ai pas réussi à les voir autrement que comme des personnages de conte bien peu réalistes. La sauce n’a pas pris.
Le point fort de ce livre reste probablement l’empathie et l’émotion qui se dégagent de chacun de ces personnages, qu’il s’agisse d’un Mo terrifié par les pouvoirs qu’on lui prête, d’un Doigt de Poussière prêt à tout pour retourner là d’où il vient, d’une Meggie bien décidée à dissiper le mystère qui entoure le passé de son père, ou d’un auteur fasciné de se trouver nez à nez avec ses propres personnages. Cela a fait de cette lecture un moment agréable, à défaut d’y trouver la perle attendue.

La note de Mélu:

Note 3

Un peu trop jeunesse pour moi.

Un mot sur l’auteur: Cornelia Funke (née en 1958) est une auteure allemande. Elle a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire jeunesse pour ce roman.