les larmes rouges deliquescenceUne part du mystère a été levée sur Cornélia et ses violentes réminiscences. Maintenant, elle sait qu’elle est une créature hybride et que c’est pour cela qu’Avoriel, le tyrannique roi des vampires, est à sa recherche. Pour plus de sécurité, Henri de Maltombe, dont l’amour pour elle n’a pas faibli, l’emmène à Reddening House, en Angleterre, où l’attend sa petite cour de vampires dissidents qui le soutiennent contre le roi. Difficile pour elle de se faire sa place en tant qu’humaine parmi tous ces vampires, de savoir ce qu’implique réellement d’être présentée comme la compagne du Prince, ou d’affronter la présence de ses anciennes maîtresses. Ou de savoir comment réagir devant tout ce qu’elle découvre sur le fonctionnement de la société vampirique: que sait-elle réellement de celui qu’elle a choisi d’aimer et de suivre? De nouvelles visions commencent alors à l’assaillir, très différentes de ses cauchemars habituels: elle en est sûre, c’est la réalité qu’elle voit, et ce prisonnier mystérieux essaie d’entrer en contact avec elle. Mais comment le dire à Henri, qui reste si méfiant et si laconique quand il s’agit de lui expliquer l’origine de ses étranges pouvoirs?

Très attendu après la parution du premier tome il y a deux ans aux éditions du Chat Noir, puis sa réédition chez J’ai Lu, ce deuxième tome avait pas mal de promesses à tenir. La plupart le sont. Le talent de Georgia Caldera est de continuer à tisser la noirceur, à trouver de nouvelles scènes, de nouvelles images, toujours plus angoissantes, plus troublantes et à la fois plus raffinées. On découvre, avec les yeux néophytes à la fois fascinés et horrifiés de Cornélia, les pratiques les plus ignobles et les plus soignées: le goût de certains vampires pour le sang des enfants, la manière dont le roi peut communiquer à travers les miroirs qui donnent accès à l’âme, ou encore le traitement que l’on réserve aux Assoiffés, ces vampires devenus incontrôlables. Loin d’être inutilement niais, ou inutilement gore, l’univers des Larmes Rouges sait conjuguer élégance et horreur de manière toujours très originale en évitant tous les clichés auxquels on pourrait s’attendre. Ou presque. Car certaines scènes m’ont parfois semblé céder à la facilité sans autre raison d’être que de relancer la romance, et être un peu artificielle: il fallait que là, Henri et Cornélia aient une dispute ou une réconciliation, il leur fallait un prétexte et parfois, ça se voit.
Si elle apparaît comme une transition, où les choses n’avancent pas énormément, l’intrigue se déroule plutôt bien grâce aux réminiscences de Cornélia qui nous permet de revivre de nombreux épisodes de la vie de Henri, de mieux comprendre son caractère. En parallèle de l’histoire de Cornélia se dessine aussi celle d’Henri, sa vie, sa soumission et sa révolte contre le Roi, qui nous permet de dessiner le portrait de ce personnage si froid et de prendre conscience de son ampleur et de sa puissance. C’est particulièrement intéressant car du coup, on commence à mieux évaluer la puissance du Roi, contre lequel Henri est presque impuissant, Roi qui dont l’apparition est d’autant plus attendue.
L’histoire d’amour passionnelle et mouvementée entre Cornélia et Henri reste au coeur du livre et de l’intrigue. J’ai très souvent été touchée par la tendresse, la patience, l’élégance dont fait preuve Henri devant la naïveté et la fragilité de sa compagne, qui contrastent évidemment avec la grande froideur et cruauté dont il est capable par ailleurs, la fermeté avec laquelle il la traite lorsqu’il s’agit de l’isoler pour mieux la protéger et surtout, la réputation de séducteur qui est la sienne depuis des siècles. Evidemment, je n’ai eu de cesse d’attendre que le loup révèle enfin sa vraie nature et arrête de traiter sa chérie comme une poupée de porcelaine! Et je n’ai pas été déçue! Georgia Caldera a tenu toutes ses promesses en matière de sensualité morbide, d’érotisme sombre. L’occasion là encore de très belles scènes, telle la chambre de verdure créée par Henri pour cacher leurs ébats en pleine nature, ou les nombreux voyages ou tableaux qu’il a pu réaliser à travers les siècles en attendant de la retrouver enfin.
Cependant, c’est cette relation qui a fini par m’agacer un peu: outre le fait qu’Henri et Cornélia ne cessent d’alterner disputes capricieuses et mièvres réconciliations, ils semblent incapables d’avoir une conversation véritable et de se comporter en adultes. Cornélia multiplie les provocations et les mauvais choix alors que bon, elle a quand même uniquement des vampires autour d’elle et elle aurait tout intérêt à faire profil bas. Henri ne cesse de l’infantiliser, la rabaisser, la sous-estimer, lui cacher des choses notamment sur elle-même et de se vexer comme un Prince offensé lorsqu’elle demande un peu de liberté et de sincérité. Aux deux, j’avais souvent envie de mettre des claques, et, si j’avais été ravie de voir une Cornélia redoutable dans le premier tome, mon féminisme a eu bien du mal à la voir remise à sa place de victime à protéger dans cet opus.

La note de Mélu:

Note 5

Une lecture passionnante, hein, ne nous mentons pas, mais elle rate le coup de coeur parce que j’ai quand même tiqué deux ou trois fois.

Un mot sur l’auteure: Georgia Caldera (née en 1982) est une auteure et illustratrice française qui développe un univers gothique, élégant et sombre. Pour la découvrir, je vous recommande son (très beau) site internet. D’autres de ses romans sur Ma Bouquinerie:

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