chroniques de san franciscoMary Ann débarque de Cleveland pour s’installer à San Francisco. Au grand désespoir de sa mère d’ailleurs: cette ville est pour elle le temple de la débauche, qui emprisonne dans ses filets tous ceux qui se laissent happer. Or Mary Ann est une fille plutôt sage, mais elle a vraiment envie de vivre là. Elle emménage dans la pension de famille de Mme Madrigal. Où tous se sait parce que finalement, on est tous un peu là pour fuir quelque chose, pour reconstruire quelque chose et pour se chouchouter les uns les autres. Bon, ses méthodes ne sont pas toujours conventionnelles, à l’instar du joint scotchée sur la porte de sa chambre en guise de cadeau de bienvenue. Mais bon, on est à San Francisco, dans les années 70, en pleine époque de décomplexion hippie. Et ça fuse.

Le ton de ce livre, à l’instar du résumé, décoiffe vraiment. Sexe, drogue, personnages délurés voire carrément illuminés dans cette Californie post-viet-nam où les hippies répandent leurs messages psychédéliques, tout un univers haut en couleur où est plongé la gentille Mary Ann. Beaucoup d’humour, de second degré, on s’amuse franchement à la lecture de cette époque qui peut paraître aussi glauque que légère. Et pourtant, tout ne va pas être complètement fun dans ce roman, parce que très vite, les fêlures des uns et des autres ressurgissent. D’anciens amants qui réapparaissent avec leurs secrets, des petits boulots honteux pour payer le loyer, des maladies incurables à cacher à son entourage, des grossesses inavouables. Il y en a pour tous les goûts, mais sans pathos outrancier, simplement comme si l’on racontait des tranches de vie, où l’on passe du rire aux larmes en très peu de pages.
De plus, le roman est construit sous la forme de chapitres très courts dont chacun représente une petite saynète avec sa petite intrigue, et on le lit comme on lirait une succession d’anecdotes concernant les mêmes personnages, un peu comme on le ferait avec un épisode de Friends par exemple: on en déguste un, puis un autre, et encore un autre. Le rythme est très rapide, et très souvent, ce sont les dialogues qui constituent la majorité du texte. On ne peut pas dire qu’il y ait réellement de ligne narrative, mais on suit une dizaine de personnages qui vont tous se croiser à un moment où à un autre, que l’on va retrouver avec plaisir, avec tous comme point de rattachement cette pension de Mme Madrigal. En d’autres termes, ça se lit tout seul, c’est très frais et pourtant pas niais du tout. Ca fait du bien.

La note de Mélu:

Note 5

Une superbe découverte!

Un mot sur l’auteur: Armistead Maupin (né en 1944) est un écrivain américain qui a d’abord publié ces Chroniques dans un journal.