charly 9Charles IX est resté célèbre pour avoir autorisé le grand massacre de la Saint Barthélémy. Mais comment a-t-il bien pu le vivre? Ce tout jeune roi bien un peu faible de caractère a fourni un parfait écran pour sa mère et ses conseillers bien décidés à en finir avec tous ces huguenots amassés dans la capitale pour profiter du mariage du roi de Navarre avec la fille de la très catholique Catherine de Médicis. Il est horrifié devant l’annonce du nombre et de l’identité des morts mais cède sous la pression. Mais il ne s’en remet jamais vraiment. Son comportement devient un peu étrange. Puis très étrange. Le sang l’obsède, le suit partout, au point qu’il s’entaille lui-même un doigt pour le regarder couler. Il se lance dans d’absurdes chasses à courre dans les couloirs mêmes du palais. Il fabrique de la fausse monnaie pour résoudre les problèmes financiers de son royaume. Autour de lui, on commence à comprendre qu’il vaudrait mieux l’écarter du trône plus vite que prévu.

Après avoir lu le côté romantico-sanglant de la Saint Barthélémy dans La Reine Margot d’Alexandre Dumas, en voici les coulisses et les conséquences sur un autre des intéressés. Car le roman nous montre bien un roi faible, manipulé, très isolé face à une mère implacable qui lui préfère de loin son petit frère qu’elle voudrait bien voir sur le trône à sa place. On ne peut s’empêcher d’être en empathie avec Charles, et tout est d’ailleurs fait pour qu’on se sente davantage face au petit Charly, qui n’a que vingt-deux ans.
C’est d’ailleurs ce qui donne à ce roman son ton si particulier, doux-amer. Car Charles IX est bien évidemment ridicule de bout en bout, ses actions toutes plus farfelues les unes que les autres feraient la joie d’une comédie bien rythmée et bien grasse où l’on se gausserait de ce roi faible et fantoche. Mais Jean Teulé parvient à le rendre attachant, et on ne peut s’empêcher de penser que son état est une conséquence des horreurs qu’on l’a poussé à commettre et que ce jeune homme a été utilisé et détruit. On hésite en permanence entre le rire et l’horreur. On ne peut s’empêcher de le regarder avec une espèce de doute: est-il sain d’esprit? Est-il le seul à avoir une réaction normale face à un massacre que son entourage regarde aussi froidement?
Je ne suis pas assez calée pour évoquer l’exactitude historique du roman, mais j’aime beaucoup ces romans qui remettent de l’humanité dans ces figures froides et mythiques de l’histoire. On touche du doigt certaines réalités de l’époque, comme l’hygiène qui n’avait rien à voir avec ce que l’on peut connaître aujourd’hui (les fréquentes mentions de l’odeur épouvantable du futur Henri IV rappellent que les rois de France se vantaient de ne jamais prendre de bain) et cela rend l’histoire beaucoup plus agréable à appréhender.

La note de Mélu:

Note 4

Un bon roman pour cet été!

Un mot sur l’auteur: Jean Teulé (né en 1953) est un romancier français qui a d’abord travaillé à la télévision, sur Canal +  et écrit également des scénarii pour le cinéma. D’autres de ses romans sur Ma Bouquinerie:

le montespan untitled