le père Denoël est-il une ordureLe monde de l’édition tremble. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ceux qui se sont montrés trop prompts à publier des oeuvres explicitement antisémites craignent l’épuration, et des auteurs n’hésitent pas à abandonner des maisons un peu trop dans le collimateur pour d’autres plus sages et bien considérées. Un éditeur est particulièrement mal vu: Robert Denoël, qui est connu pour avoir publié les pamphlets plus que polémiques de Louis-Ferdinand Céline. Alors lorsque celui-ci est retrouvé assassiné d’une balle dans le dos, on s’interroge. Ce meurtre aurait-il un lien avec ses publications? Y aurait-il des résistants un peu trop zélés, y compris dans nos grands auteurs, qui se seraient chargé d’une épuration plus expéditive?

J’avais pris l’habitude des romans policiers humoristiques de Gordon Zola et de son flegmatique enquêteur Guillaume Suitaume. Je n’avais pas encore testé ses romans historico-déconnants. Et je suis assez agréablement surprise du résultat. Il s’attaque ici à une sordide histoire livresque. Je savais que Céline est toujours aujourd’hui taxés d’antisémitisme, mais j’ignorais que son éditeur avait aussi été l’objet de ces reproches, tout comme j’ignorais qu’il avait été assassiné. J’ai donc réellement appris quelque chose avec ce roman qui lève un peu le voile sur une période obscure de l’édition. On y voit une véritable chasse aux sorcières, des auteurs pressés d’effacer leurs écrits si en vogue sous Vichy et si peu avouables ensuite. La cocasse association “SOS femmes tondues” cache la réalité non moins sordide des femmes qui ont osé avoir des relations, voire des idylles, avec des Allemands sous l’occupation et qui le payent cher. Une manière de nous rappeler que même les plus nobles intentions de l’histoire ne font pas toujours les épisodes les plus dignes.
Evidemment, tout cela est passé à la sauce Gordon Zola. Les jeux de mots sont légions et l’on n’hésite pas à nous décrire les goûts de luxure d’une Française un peu trop proche des Allemands avec moult détails graveleux. L’humour est réellement incisif, corrosif et ne fait de cadeaux à personne, les bons comme les méchants de l’Histoire. Et ça fait du bien.

La note de Mélu:

Note 4

Chapeau pour le concept, monsieur Zola.

Un mot sur l'auteur: Gordon Zola est un auteur spécialisé dans le roman humoristique. Il mène notamment la série des enquêtes du Commissaire Suitaume et celle des aventures de Saint-Tin. D’autres de ses œuvres sur Ma Bouquinerie:

qui veut la peau de Marc Lévyparasites artificiels doigt light mozart est là la dérive des incontinents train-train au congo le 13 heures réclame le rouge la-fausse-celtique  Les tata flingueurs