aux frontières de la soifA Haïti, depuis le séisme, les habitants tentent de survivre et de se réorganiser. A côté des aides humanitaires qui affluent pour reconstruire, Canaan est sorti de terre, une sorte de bidonville dans laquelle le vice et la débrouille sont loi. Fito, l’architecte qui vient pour aider à rebâtir, l’écrivain qui peine à rebondir depuis son unique succès, n’arrive pas à expliquer pourquoi, malgré son dégoût, il revient encore et toujours à Canaan, où on lui trouve, moyennant paiement, quelques petites filles vierges pour satisfaire ses envies. Que ne feraient pas leurs mères poussées par la misère… Alors qu’il a le sentiment de toucher le fond, il doit accueillir, pour quelques temps, Tatsumi, une journaliste japonaise. Son côté femme-enfant lui plait, mais il doute d’être capable de sentiments et sensations normaux, lui qui n’arrive à trouver son plaisir que dans les affres de Canaan.

J’ai eu du mal avec ce roman. Pourtant, je lui ai trouvé beaucoup de qualités. La découverte de Canaan en est une. On voulait choquer, on a réussi: c’est dans une zone de non-droit où le pire est possible, après l’enfer, que l’on nous entraîne. Les quelques pages consacrées aux enfants qui tremblent d’être “envoyés sous la tente”, ou à ceux qui tentent de s’enfuir pour ne pas y passer à leur tour, sont absolument poignantes. Le protagoniste lui-même m’a intéressée: c’est un beau personnage de salaud, qui affirme l’être, semble s’en mortifier mais y revient sans cesse, tout en restant, pour tout le monde, l’image même de l’homme respectable alors qu’il est détestable au possible.
En revanche, Tastumi m’a parue complètement insipide. Je n’ai pas réussi à la cerner et je n’ai pas aimé cela. J’ai d’ailleurs eu du mal à comprendre comment la relation entre les deux protagonistes pouvait prendre un tel tour rédempteur car elle ne décolle jamais vraiment, Tastumi semble complètement détachée et ne jamais vraiment entrer dans l’histoire. A la limite, j’ai eu l’impression qu’elle n’avait rien à faire là et qu’elle n’arrivait pas à créer ce décalage qu’elle semble devoir apporter. Je suis donc restée un peu extérieure à l’histoire.

La note de Mélu:

Note 3

Un roman qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, lu dans le cadre du Prix Océans.

Un mot sur l’auteur: Kettly Mars (née en 1958) est une auteure haitienne.