alyssaAlyssa en a assez. D’être l’intello de service qui ne parvient pas à s’intégrer. Il faut dire qu’avec un QI de 160 et des centres d’intérêts qui tournent autour de Kant et d’Einstein, difficile de se trouver des points communs avec les ados de son âge. Alors dans son nouveau collège, elle décide d’évoluer sous couverture. A elle de devenir une fille normale, au même niveau que les autres. Ca commence comme une étude scientifique: analyse soigneusement le mode de vie de l’ado de base pour le décrypter et en comprendre le fonctionnement. Ensuite, on passe à l’action: feindre de connaître les people sur le bout des doigts, être en extase devant Quentin le beau garçon de la classe, regarder des séries sentimentales en boucle, et se maquiller les yeux en rose… Mais attention, c’est une mission à haut risque: ses nouvelles BFF ne doivent jamais découvrir qu’Alyssa leur joue la comédie.

Bon, j’avoue, j’ai surtout acheté le livre parce que les dessins sont signés Rebecca Morse qui est une ancienne collègue que j’ai envie de soutenir (oui, je suis partiale). Commençons d’ailleurs par les dessins: c’est piquant, très expressif. Je l’ai beaucoup aimée, cette petite Alyssa avec ses yeux immenses et son sourire jusqu’aux oreilles. Elle a un petit côté gnome qui me plait beaucoup. Ses cheveux notamment m’ont beaucoup amusé, vu ce qu’elle en fait, s’acharnant pour dompter à la fois leur couleur flamboyante et leur volume hirsute.
Pour le scénario, même si je n’ai pas ri à gorge déployée, j’ai souvent souri en lisant les aventures d’Alyssa, parce que je me suis souvent reconnue dans mes réflexions d’antan. Non que je me considère comme un génie (encore que…) mais j’ai reconnu toutes les interrogations que peut avoir quelqu’un d’un tantinet cultivé et qui aime réfléchir et réussir devant le monde obscur des adolescents moyens (et de tous ceux et celles qui ne dépassent jamais ce stade). Evidemment, moi aussi j’ai eu envie de corriger les fautes dans les tags des toilettes (je me rappelle m’être esclaffée, à douze ans, devant un magistral “fils de putte” écrit sur un mur). Du coup, je me suis amusée de la voir ne pas pouvoir s’empêcher de rependre ceux qui confondent araignée et insecte ou d’arracher le Rubik’Cube des mains de celui qui ne sait pas quoi en faire. Même si cela reste souvent limité et cliché (le monde adolescent regorge d’'absurdité bien plus hilarantes), j’ai trouvé l’angle sympathique. Et j’ai aimé que parfois, on rappelle qu’Alyssa n’est qu’une petite fille et qu’elle se retrouve facilement aussi accro à une série sentimentale qu’à une expérience scientifique.
Ce que je regrette un peu, c’est le côté génie surdoué de l’histoire. Comme s’il n’y avait que les marginaux pour être conscients de la vanité des codes adolescents. Heureusement, le personnage de la jeune gothique apporte un contre-point intéressant et laisse penser que oui, on peut être à côté de la plaque ado et être normal. Pour moi, soit cette BD va trop loin (sur le côté nécessité de cacher son intelligence et les clichés qu’elle véhicule sur les enfants surdoués, sujet sensible actuellement), soit elle ne va pas assez loin (dans le décalage entre Alyssa et les autres, et la satire adolescente). J’attendais une Malcolm au féminin, on y est pas encore vraiment.

La note de Mélu:

Note 4

Un bon premier tome, qui devra prendre plus d’ampleur par la suite.

Un mot sur les auteures: Isabelle Bauthian est une scénariste de BD et de dessins animés. Rebecca Morse est illustratrice. Elles ont déjà travaillé ensemble (voir ci-dessous).  Virginie Blancher est coloriste, graphiste et illustratrice. D’autres de leurs oeuvres sur Ma Bouquinerie:

yessika

challenge petit bac

catégorie “prénom”