blackout2040, à Oxford. La prestigieuse université anglaise a bien changé. Depuis que les voyages dans le temps sont maîtrisés, l’étude de l’histoire se fait de manière bien différente: les historiens infiltrent directement leur période d’étude, pour une durée d’observation déterminée. La destination au centre de toutes les préoccupations: Londres pendant la seconde guerre mondiale. C’est le sujet d’étude de Merope, engagée sous le nom d’Eileen pour s’occuper des enfants réfugiés auxquels elle s’est beaucoup attachée. Michael, qui devait gagner Pearl Harbor après s’être fait implanter un accent américain, voit sa destination changée au dernier moment et peine à regagner Douvres dans une période où la moindre voiture est introuvable. Quant à Polly, elle est embauchée dans un grand magasin londonien qui risque fort d’être touché pendant un raid. Mais tout ne se passe pas toujours comme prévu. Difficile d’anticiper quels aléas de leur couverture va les empêcher de regagner à temps le lieu de leur passage d’un temps à un autre, ou quelle action involontaire risque de modifier le cours du temps.

Le point de départ est extrêmement intéressant. Faire des voyages dans le temps une véritable science qui permet d’étudier sur le terrain l’histoire, l’idée est fascinante. Les voyageurs temporels préparent leurs voyages avec grand soin, étudiant pendant des semaines les événements connus pour éviter de se retrouver au mauvais moment dans un bâtiment bombardé. Ils se font implanter les connaissances et attributs nécessaires pour que leur personnage soit aussi crédibles que possibles. Ils ne cessent de se repasser les événements futurs qu’ils connaissent et qu’ils doivent anticiper pour éviter de modifier l’histoire. Ce travail minutieux donne un univers à tiroirs bien construits qui ne cesse de se promener d’une époque à l’autre puisque chacun part à son époque et a droit à ses chapitres alternés.
L’occasion, à chaque fois, de revivre cette période historique du point de vue d’anonymes. Loin des lieux des grands combats et des personnages célèbres, ici, on est au coeur de la vie quotidienne, entourés de gens qui continuent à vivre malgré la guerre. On le voit attendre indéfiniment des trains qui ne viennent pas, voir des immeubles s’effondrer sous les raids, entendre les sirènes des alertes et vivre au rythme du blackout, le couvre-feu londonien. C’est très touchant de voir tous ces anonymes qui sont propulsés sur le devant de la scène historique grâce à ces recherches menés par ces historiens du futur.
Ce qui est un peu dommage, c’est que finalement, on assiste davantage à leur vie quotidienne d’historiens infiltrés qu’à un roman de science-fiction. Très vite, l’aspect historique prend le pas sur le cadre, et il n’y a pas vraiment de fil conducteur qui relie les trois histoires. Et vu que le roman dépasse les sept cent pages, on a vite l’impression qu’il ne mène nulle part, même si on comprend bien dans les dernières pages que quelque chose ne tourne pas rond dans le système de voyage temporel. Le roman souffre donc un peu de sa longueur qui fait perdre de vue l’intérêt.

La note de Mélu:

Note 3

Bon concept, mais un peu déséquilibré entre l’historique et la SF.

Un mot sur l’auteur: Connie Willis (née en 1945) est une auteure américaine plusieurs fois primée.

challenge petit bac

catégorie “couleur”