terrienneEtienne, soixante-et-onze ans, romancier en perte de vitesse, aperçoit un soir sur le bord de la route une jeune fille qui fait du stop. Elle s’appelle Anne Collodi, et le temps de ce trajet, elle va se graver dans sa mémoire. Il la dépose à l’entrée de Campagne, un petit village dont il avait jusque là ignoré l’existence. Et pour cause: cette route, jamais il ne la retrouvera. Pourtant, il croise à nouveau Anne qui y retourne. Elle tient à passer dans ce drôle de monde qu’est Campagne. Elle y recherche sa soeur, Gabrielle, mystérieusement disparue un an auparavant au lendemain de son mariage avec un homme venu de là-bas. Mais au-delà de la petite route de Campagne, les terriens ne sont pas bien vus. Il faut dire qu’ils font des choses très étranges, voire répugnantes pour les habitants: ils pleurent, ils vomissent, ils accouchent, et même ils respirent.

J’ai eu bien du mal à rentrer dans ce roman. Au début, j’ai été très intéressée par le point de vue d’Etienne, j’aurais été très emballée à découvrir petit à petit, pas les yeux d’un néophyte, ce qu’il en est réellement de ce drôle de monde. Mais très vite, on en revient au point de vue d’Anne qui, elle, est déjà une habituée et j’ai trouvé cela moins intéressant. Car pendant longtemps, il ne se passe pas grand-chose à part l’attente d’Etienne qui espère revoir la jeune autostoppeuse et les souvenirs d’Anne. Alors que l’on sent très bien que l’intérêt du roman n’est pas là, qu’il est dans Campagne et dans ce qui se cache réellement là-bas.
Là encore, je suis un peu restée sur ma faim. Anne nous entraîne dans un monde aseptisé, où l’on refuse toute forme de maladie, où la simple respiration répugne. L’idée est bonne: rien de mieux que d’imaginer un monde purgé de ses imperfections pour nous faire apprécier le nôtre avec ses petits accrocs. Mais ce qui m’a déçue, c’est que Jean-Claude Mourlevat, malgré l’épaisseur de son livre, ne va pas au bout de son concept. On en apprend finalement assez peu sur ce monde, sur ses habitants, sur ce qu’ils fichent là sur terre (où ont-ils juste mis un passage vers chez eux?), sur la contre-utopie qui se dessine et le sort réservé aux terriens dans ce monde qui se veut parfait. Le livre n’apporte donc pas assez de réponse pour construire une bonne science-fiction et il reste trop sentimental pour moi.
Car même dans les personnages, j’ai été frustrée. J’ai beaucoup aimé Etienne, le vieil homme, qui se lance à la recherche d’Anne. Et il se fait éjecter de l’histoire bien trop vite à mon goût. Idem pour Bran, le jeune homme de là-bas que rencontre Anne (oui, parce qu’il faut une histoire d’amour), qui m’a beaucoup plu par son rôle de soldat qui donne enfin à voir le point de vue des “autres”… jusqu’à ce qu’on apprenne qu’il est métis et que le sang de sa mère terrienne le rend bien plus terrien que prévu, ce qui a pour moi gâché un peu le rôle qu’il était censé tenir. Du coup, j’ai trouvé tout cela à la fois prévisible et pas assez poussé.

La note de Mélu:

Note 3

Un bon moment, mais je dois être trop exigeante pour le genre.

Un mot sur l’auteur: Jean-Claude Mourlevat (né en 1952) est un auteur français déjà couronné de nombreux prix pour ses romans jeunesse.