Chair à CanonEn pleine guerre en Afghanistan, les conditions sont rudes. Trois soldats russes, accompagnés de leur guide-interprète, ont garé leur char, machine de guerre plus qu'imposante, quelque part dans les montagnes. Ils ont décidé de s'arrêter pour la nuit et pour cela, rien de tel que de solliciter l'hospitalité plus ou moins forcée d'un couple appartenant à la population locale. La jeune femme, enceinte jusqu'aux yeux, semble tout particulièrement nerveuse face à la présence des militaires qui enchaînent verre sur verre dans son salon. Elle s'éclipse régulièrement, probablement pour satisfaire ses besoins de future maman. Mais lorsqu'un des soldats lui aussi demande à utiliser les toilettes, la nervosité des Afghans monte d'un cran. Cacheraient-ils quelque chose à leurs hôtes? C'est alors que la guerre reprend ses droits et, l'alcool aidant, les horreurs ressurgissent.

Court et efficace, voilà le principe de cette novella. Elle commence par nous plonger dans le contexte de la guerre. Pas celle des héros ou des champs de bataille, non. Celle où l'on sent la lassitude, la dureté d'une vie qui n'en est pas une, ce drôle de quotidien qui s'installe sur la durée. On sent que nos soldats sont pris dans une histoire qui dure depuis longtemps, qui ressemble à une sorte de routine lancinante et lugubre. D'où la surréaliste scène des militaires attablés avec les civils, à se regarder de travers, à faire semblant d'être des invités, et où la tension est palpable tant on les sentirait presque trembler. Ames sensibles s'abstenir, les horreurs de la guerre reprennent assez vite leurs droits: de soupçons permanents en déchaînement de violence, il faut avoir le coeur bien accroché pour supporter ce que les militaires trop fatigués, trop tendus, trop alcoolisés réservent à la femme enceinte. Je ne suis pas une grande fan du gore, et pourtant j'ai trouvé qu'ici, il se justifiait, avec toujours cette étonnante impression que la scène dépeinte a dû avoir lieu tant de fois dans tant de guerre. Le rapport au réel crée un malaise tout particulièrement efficace.
Là où le texte m'a surprise, c'est sur le fantastique qui s'insinue de manière assez inattendue. Après autant d'horreur, c'est par une forme de justice que les trois militaires sont maintenant poursuivis. Lorsque la machine de guerre échappe à son créateur, c'est comme une foudre divine ou une revanche surgie d'outre-tombe qui se déchaîne sur les soldats et là encore, le sanglant et le gore sont au rendez-vous dans un déchaînement de violence devenu proprement incontrôlable. Si j'ai parfois observé, comme fascinée, ces représentants de l'ordre devenir aussi faibles et aussi impuissants, j'ai trouvé que cela durait un tantinet trop et que ce fantastique ne faisait guère avancer l'intrigue, et que pour le coup, il ressemblait beaucoup à un simple spectacle toujours plus sanglant. La fin, néanmoins, rattrape cela par un tournant assez inattendu.

La note de Mélu:

Note 4

Un petit souci de rythme, mais une lecture qui tient ses promesses.

Un mot sur l’auteur: Jean-Michel Calvez (né en 1961) est un écrivain français spécialisé dans la SF et le fantastique.

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