elle s'appelait SarahUne journaliste américaine, Julia, installée depuis quelques années à Paris avec son mari français, se voit confier par le journal pour lequel elle travaille la rédaction d’un article sur la rafle du Vel d’Hiv. Le sujet l’intrigue, tout d’abord parce que lorsqu’elle en parle, elle se rend compte que bien peu de Français connaissent cet épisode de leur histoire. Mais surtout, elle se rend compte aussi que l’appartement de la grand-mère de son mari dans lequel elle doit emménager maintenant que la vieille dame est en maison de retraite, a justement échu à cette famille après la déportation des gens qui vivaient là. Elle décide donc de suivre ce fil. Elle découvre que dans cette maison précisément, un drame s’est vécu autour d’une courageuse petite fille, Sarah.

J’ai beaucoup entendu parler de cette histoire, car le livre a fait beaucoup de bruit à sa sortie et plus encore lors du film qui en a été tiré. Je vous le dis tout net: voici le genre de livre qui m’agace, mais vraiment. Non pas par le talent de l’auteur: l’histoire est extrêmement bien ficelée et Tatiana de Rosnay a très bien compris comment embarquer un lecteur efficacement. L’intrigue alterne l’histoire de Sarah, à savoir une rafle violente et révoltante vécue à hauteur d’enfant, avec toutes les images que l’on connaît de cruauté, de déshumanisation, de saleté, et l’histoire de Julia qui bien plus tard cherche à savoir ce qu’est devenue cette Sarah. Au milieu du roman, bien sûr, l’histoire de Sarah s’arrête pour qu’on puisse découvrir au même rythme que Julia les clés de cette douloureuse enquête.
De plus, les personnages sont soigneusement construits pour émouvoir au maximum le lecteur. Vous voulez tirer des pleurs d’indignation, envoyez les enfants. Ici, non seulement la petite fille est forcée de poser ses yeux sur des horreurs qui ne sont pas de son âge, mais en plus elle se comporte comme une petite maman dont le seul objectif est de sauver son petit frère. Et si vous n’aviez pas encore assez d’horreurs infantiles à vous mettre sous le mouchoir, on apprend assez vite que Julia est elle-même enceinte et se pose la question de garder ou pas ce bébé contre la volonté de son mari. J’en parle avec une certaine ironie, car pour moi, trop de pathos tue le pathos, mais je sais qu’il s’agit là d’une force du roman qui a bouleversé nombre de lecteur et même si je ne suis pas du nombre, je dois admettre que c’est assez bien fichu.
où, par contre, je ne ferai aucune concession, c’est sur le message du roman et notamment sur l’image des Français face à leur histoire. Je m’explique: dans tout le roman, on raconte comment il s’agit bien de la police française, et non des nazis, qui a orchestré la rafle et la déportation des hommes, femmes et enfants qui s’y trouvaient. On montre également comment les Parisiens ont choisi de fermer les yeux et de récupérer ainsi les maisons laissées libres sans se soucier du retour potentiel des habitants. On répète également à quel point il est révoltant que les Français ne sachent même pas que ces événements se sont produit dans leur propre pays, dans leur propre ville. Et là, je fronce un peu les sourcils. D’abord parce que je trouve un peu facile et abusif de faire ce portrait des Français d’aujourd’hui, qui n’apprennent que ce qu’on veut bien leur dire et quand on voit encore les non-dits sur des horreurs officielles plus récentes, on sait que le secret est la loi (surtout qu’on oublie aussi tous ceux qui savent, s’en rappellent et le disent). Quant aux Français de l’époque, je trouve un peu facile des les réduire à des collaborationnistes en puissance sous prétexte que des mères de famille subissant la guerre et les privations ont préféré donner un toit à leurs enfants plutôt que de se révolter contre un système qui était légal et qui leur était favorable. Je trouve toujours aussi facile d’accuser la police française d’avoir fait son travail dans un gouvernement militaire qui n’hésitait pas à fusiller les dissidents. Je ne dis pas que ce à quoi ils ont participé n’était pas grave: mais qui sommes-nous, dans un pays en paix, avec nos frigos pleins et nos droits, pour juger des réactions de ceux qui n’avaient pas cela ? Evidemment qu’il faut des Nelson Mandela pour faire avancer le monde, mais est-ce parce que l’on n’a pas eu la force d’en être un que cela fait de nous un coupable sur qui crier haro? Je trouve que ce roman manque cruellement de nuance, de remise en contexte et surtout, qu’il se trompe de coupable. Et le fait que ce jugement soit mis en lumière par une Américaine dans le roman a un petit côté “donneur de leçon” qui me semble tout à fait contre-productif si l’on veut réellement éveiller les consciences Françaises.

La note de Mélu:

Note 2

Un angle auquel je n’adhère pas du tout.

Un mot sur l’auteur: Tatiana de Rosnay (née en 1961) est une auteure qui écrit en Français mais qui a choisi, pour ce roman, de revenir à sa langue maternelle, l’Anglais. D’autres de ses romans sur Ma Bouquinerie:

la mémoire des murs  Rose-Tatiana-de-Rosnay1

challenge petit bac

catégorie “prénom”