VergänglichEddy est là, sur le rebord d’un toit. Il saute. Il s’écrase en contrebas. Mais peu à peu, ses membres déboîtés se remettent en place. Eddy ne peut pas mourir, et pour cause: il est déjà mort. Il est un fantôme, et si la plupart des sensations l’ont déjà abandonné, il reste bloqué à errer sur terre sans comprendre pourquoi. Il est de plus très seul: personne ne peut le voir, mis à part son ami Sharon, et encore seulement quand celui-ci à la pleine lune reprend sa forme de loup-garou. Il n’a aucun souvenir de sa vie d’autrefois, même son nom de famille lui échappe. Il lui reste quelques frissons à chercher, lorsqu’il se jette dans le vide par exemple, ou lorsqu’il avale un verre de vodka. Lors d’une de ses errances dans la rue, il suit une paire de bottes rouges. Et celles-ci l’entraînent face à un terrible ultimatum: devant l’absurdité de son existence, il a trois jours pour régler la situation en retrouvant sa mémoire et son identité.

J’ai beaucoup apprécié ce court roman, qui pourrait même plutôt être une longue nouvelle. On s’attache très vite à Eddy, ce pauvre personnage perdu, seul, à la recherche de sensations qu’il a perdu depuis longtemps et à l’instar de Sharon, on a envie de lui caresser la tête, de lui offrir un verre, de lui demander à quoi ça rime d’essayer comme ça de se jeter dans le vide. Le personnage du fantôme est très intéressant, lui que personne ne peut voir, même si j’ai eu du mal à comprendre certains éléments, notamment comment il peut se briser les os sur le bitume, lui que les voitures traversent sans lui faire de mal. Ces petites incohérences m’ont fait un peu froncer les sourcils parfois.
J’ai aussi beaucoup aimé l’enquête à laquelle il se livre, les éléments qui se mettent en place petit à petit. La lumière se fait très progressivement et avec talent, l’auteur nous a mis dès le départ tous les indices sous le nez. C’est un vrai plaisir pour le lecteur que de suivre ce dévoilement. Et cerise sur le gâteau, même une fois que la lumière sur le passé d’Eddy est faite, on nous ménage tout de même une chute très soignée qui provoque la petite claque finale.
L’ambiance, enfin, est un gros point fort de ce texte. Tout y est terne, gris, dans une sorte de flottement, d’absence. On est comme dans un niveau de présence où rien ne peut atteindre le personnage. Je l’aurais bien vu sous la forme d’un film en noir et blanc, avec peu de bruits, et sur certaines scènes, une intensité réellement douloureuse. J’ai complètement adhéré.

La note de Mélu:

Note 5

Un excellent moment! Un grand merci à bannieremortsurev1 et aux éditions Amalthée pour cette lecture.

Un mot sur l’auteur: Béatrice Nicolas (22 ans) est une auteure française dont c’est le deuxième roman.