la maison de soieQuelques années après la mort du plus célèbre détective londonien, son fidèle chroniqueur, John Watson, décide de revenir sur l’une des affaires les plus spectaculaires et les plus complexes qu’il ait eu à traiter. Tout commence avec Edmund Carstairs, un marchand d’art qui craint d’être la cible de représailles terribles: après un vol de tableau, il a tout fait pour arrêter les responsables, jusqu’à être associé à l’assaut qui couta la vie à l’un des deux frères à la tête du gang des Casquettes Plates. L’autre frère, qui s’est échappé, a déjà réussi à régler son compte à Mr Stillman, le principal acheteur des oeuvres volées qui avait utilisé sa richesse pour mener l’enquête. Ayant fui à Londres, il voit depuis quelque temps un homme avec une casquette qui surveille sa maison, et qui est même allé jusqu’à lui donner rendez-vous. Après qu’un vol ait confirmé qu’on lui veut du mal, Sherlock Holmes mobilise son escadron de gamins des rues afin de surveiller l’homme à la casquette. C’est alors que l’un des enfants disparaît, et est retrouvé mort quelques jours plus tard, un ruban de soie autour du poignet. Qu’a pu découvrir cet enfant pendant la filature pour mériter un tel règlement de compte? Qu’est-ce que cette “maison de soie” contre laquelle sa soeur les a mis en garde?

C’est à la demande des ayant-droit de Conan Doyle que Anthony Horowitz a pris la plume pour faire revivre une dernière fois le célèbre enquêteur. Et je dois avouer que c’est bluffant. Le style raffiné, lent, un peu ampoulé parfois qui reprend cette ambiance des romans dix-neuvième est parfaitement présent. C’est la première impression que m’a fait ce livre: replonger dans un univers, dans un ton particulier un peu old-school, celui des Agatha Christie, des Dickens, des Maurice Leblanc, avec leur charme du début du siècle. Les travers y sont aussi, puisqu’on débute par un long, très long récit où Carstairs raconte sa vie et qui peut en faire décrocher quelques-uns qui ne serait pas coutumier de ce style. 
Et évidemment, déjà dans ce récit, tous les éléments sont là ou presque pour que le taciturne Sherlock puisse tout comprendre. Horowitz a réussi à monter une intrigue suffisamment complexe pour qu’on soit paumé à se demander quel est le rapport entre la maison de Soie, organisation secrète et obscure aux ramifications très haut placées, et un vulgaire vol d’oeuvre d’art, mais suffisamment claire pour que l’on ait envie de la suivre jusqu’au bout. On plonge dans les bas-fonds les plus sordides de Londres, on verra même Sherlock Holmes lui-même arrêté pour meurtre, victime de ce qui ne peut être qu’une machination mais furieusement bien ourdie.
Le personnage de Sherlock est d’ailleurs respecté: discret et peu empathique, il se voit envahi d’une culpabilité terrible en envoyant à la mort un enfant. Mais il reste un homme qui travaille seul malgré sa complicité et sa confiance envers Watson qui est sa première dupe. On ne peut donc s’empêcher à la fois de le détester tant il arrive à nous faire tourner en bourrique, de le plaindre tant il apparaît évident qu’il a été utilisé, l’admirer pour sa virtuosité et de le craindre tant il reste un soupçon que cet homme imprévisible soit allé trop loin au nom d’une vérité et d’une logique qui nous échappe encore. Une chose est sûre: il ne peut laisser indifférent.

La note de Mélu:

Note 5

Un pari réussi et un roman passionnant! Un grand merci au forum bannieremortsurev1 et aux éditions logo_ldp pour cette superbe lecture.

Titre original: The House of Silk (traduit de l’anglais)

Un mot sur l’auteur: Anthony Horowitz (né en 1956) est un écrivain britannique spécialisé dans la jeunesse, mais aussi de script pour la télévision et le cinéma.

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