Ce cher DexterDexter est un meurtrier. C’est un fait. Le Passager Noir, ce désir impérieux, irrépressible, le pousse à découper les gens en morceaux. La pulsion est trop forte pour être ravalée. Alors il détourne. Dexter tue des ordures. Des criminels. D’autres meurtriers. Ou des violeurs d’enfants. Uniquement ceux qui le méritent. Avec délectation, il fait couler leur sang, puis démembre leur corps avant de le jeter depuis son bateau dans la baie de Miami. Et il n’en garde qu’une petite goutte de sang, soigneusement séchée sur une lame de microscope. Il a déjà une belle petite collection. Et lorsque le besoin s’est apaisé, il redevient l’expert de laboratoire, le spécialiste en éclaboussures de sang auquel fait appel la police. Ironique, non? Alors lorsqu’un meurtre est annoncé, il se tient prêt, il se permet même d’aller sur les lieux, même si on n’y a pas besoin de lui vu l’absence de trace de sang. Sa soeur adoptive, Deborah, aimerait bien profiter de cette occasion pour grimper enfin les échelons de la police, et il est prêt à lui apporter toute son aide et son expérience dans le domaine. Les choses se compliquent un peu lorsqu’il en apprend plus sur le mort en question: découpé en morceau, exactement comme il aurait pu le faire lui-même. Un tueur qui lui ressemble un peu trop.

J’ai voulu découvrir ce roman après avoir vu la série qui en a été tirée. Et dans l’ensemble, je suis quand même un peu déçue. Même si je ne l’ai jamais vraiment suivie, j’avais souvenir d’une série assez envoûtante, porté par un cynisme et un charme particulièrement bien incarné par un acteur exceptionnel. Le roman a beaucoup moins de profondeur et de charme. Le ton y est beaucoup plus simple, beaucoup plus plat, beaucoup plus classique. Le personnage de Dexter, par exemple, ne m’a pas évoqué grand chose. Je ne l’ai pas trouvé glaçant lorsqu’il évoque ses pulsions meurtrières, qui sont traitées de manière assez superficielles: on évoque simplement le Passager Noir, sorte d’alter ego de sa conscience qui prend le contrôle et on s’en tient là. Je ne l’ai pas non plus trouvé spécialement attachant ou charismatique, je l’ai même plutôt trouvé banal.
D’autres personnages m’ont en revanche plus intéressée, à savoir les femmes qui tournent autour de Dexter. J’ai été très touchée par Deborah, la pauvre flic de la brigade des mœurs cataloguée à l’infiltration des prostituées (en costumes bien sûr) parce qu’elle est trop jolie et qui désespère de passer à la criminelle. Deborah se démène, compte beaucoup sur le crédit que son frère a et qui lui fait défaut et on sent qu’elle mérite bien mieux. J’ai aussi été touchée par Rita, la jeune femme que fréquente Dexter et qui peine à se positionner face à un être aussi froid et détaché, elle qui semble si humaine et si fragile. Même l’agent LaGuerta, absolument infecte avec Deborah, qui n’hésite pas à profiter de son statut pour draguer Dexter, a réussi à m’accrocher dans son rôle de femme à poigne.
Quant à l’intrigue, même si elle part d’un bon postulat, je l’ai trouvée mal exploitée. J’ai beaucoup aimé suivre l’application chirurgicale avec laquelle Dexter traque, torture et tue ses victimes. J’ai beaucoup aimé la manière dont on brouille les pistes pour donner l’impression que Dexter lui-même commet les meurtres sur lesquels il enquête. Mais globalement, cela manque quand même un peu de rythme: il n’y a pas grand-chose à part augmenter petit à petit cette confusion et on s’en lasse vite parce qu’on en devine assez vite l’issue qui en plus, ne présente pas une originalité flagrante tant elle est facile.

La note de Mélu:

Note 4

Un concept intéressant mais un style qui ne suit pas toujours.

Un mot sur l’auteur: Jeff Lindsay (né en 1952) est un auteur américain spécialisé dans les romans policiers.

challenge petit bac

Catégorie “sentiment”