les infortunes de la belle au boisDepuis cent ans, le château de la Belle est plongé dans le sommeil. Enfin, le Prince parvient jusqu’à la chambre de la princesse. Mais plutôt que de la réveiller, le voilà qui la déshabille de la pointe de son épée, et qui la viole dans son sommeil. Enfin, il l’embrasse, et le château tout entier se réveille. Le Royaume doit son réveil au Prince, et le Roi et la Reine sont tout dévoués pour lui prouver leur reconnaissance. La Belle elle-même se plie à ses moindres désirs: même si elle meurt de peur, son sauveur est beau et puissant. Et exigeant. Il lui ordonne de rester nue, et de marcher à quatre pattes sans jamais lever les yeux sur lui ni lui parler sans y avoir été invitée. Elle est réduite en esclavage. S’il est mécontent, il la punit en la fessant jusqu’aux larmes. Parfois, il la fesse même pour son propre plaisir. Elle ne sait qu’en penser. La voilà qui quitte ses parents, attachée, renversée sur le cheval, pour se rendre dans le Royaume de son nouveau maître. Exposée comme un trophée sexuel à tous les paysans sur le passage, elle n’en peut plus de pleurer et de craindre les coups de battoirs que le Prince lui donne ou lui fait donner. Et lorsqu’elle arrive enfin dans le royaume de son nouveau maître, elle entre dans un domaine où les Princes et les Princesses sont des esclaves de premier choix pour satisfaire les désirs de leurs hôtes, les plus sensuels comme les plus sadiques.

Grande fan de la littérature vampirique d’Anne Rice, j’étais curieuse de voir ce qu’elle était capable de faire en littérature érotique. Je reste très sceptique. Encore une fois, cette histoire met en scène une jeune femme innocente soumise au bon vouloir d’un maître tout-puissant qui ne trouve son plaisir que dans l’avilissement de celle qui l’aime. Si vous cherchez une ressemblance avec un certain Grey, passez votre chemin, Grey est une guimauve à côté de ce Prince-là: il accroche des clochettes aux bouts des seins de sa Belle, lui met une laisse, utilise des planches pour la fesser des heures durant, exige d’elle qu’elle ne se se serve jamais de ses mains et ce, même en public. C’est donc là un livre très violent, puisqu’on assiste d'avantage à la ruine de l’amour-propre d’une personne, à créer un curieux mélange d’être déshumanisé et d’être porté aux nues: c’est précisément parce qu’elle est précieuse, parce qu’elle est de sang royale, que cette Belle mérite d’être battu comme platre et soumise plus bas que terre, c’est précisément ce qui en fait sa qualité. De même, c’est à force d’humiliation, d’exposition plus intimes les unes que les autres à des êtres plus vils les uns que les autres, que le Prince obtient d’elle qu’elle recherche à tout prix ses bonnes grâces et que sa seule compagnie lui soit un grand bonheur. A mon sens, c’est l’histoire d’une manipulation dégradante, d’un véritable lavage de cerveau.
Et vous l’aurez compris, ce qui m’a aussi déçue, c’est que l’érotisme de l’histoire est largement mis au second plan, loin derrière la destruction de la volonté de la Belle. Bien peu de sensualité, donc, dans ce roman, ce qui, vous l’admettrez, en diminue grandement l’intérêt. La seule scène qui a trouvé grâce à mes yeux est celle où la Belle, après avoir attiré l’attention d’un autre esclave, parvient à le rejoindre la nuit dans un réduit et où ils se donnent l'un à l’autre librement, sans contrainte, pour le pur plaisir et l’attirance qu’ils ont l’un pour l’autre, scène ridiculement courte d’ailleurs. En somme, un roman assez superficiel et répétitif, même si on doit lui reconnaître le talent de décrire comment une personne peut être amenée à souhaiter ce que nous refuserions tous.

La note de Mélu:

Note 2

Peu d’intérêt.

Titre original: The Claiming of the sleeping beauty (traduit de l’anglais)

Un mot sur l’auteure: Anne Rice (née en 1947) est une auteure américaine connue pour ses romans fantastiques. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

entretien-avec-un-vampire-anne-rice  lestat le vampire  la reine des damnés