RebellesElizabeth Holland était une des jeunes filles mondaines les plus en vue de Manhattan. Et pourtant, c’est elle que l’on enterre. Sa mère, déjà veuve, et ses amies suivent le cortège, solennels, mais tous les regards se tournent vers Henry Schoonmaker: le fiancé attire d’autant plus l’attention que c’est précisément aujourd’hui qu’il devait épouser la belle Liz. Les murmures vont bon train, et cet enterrement se déroule sous les yeux de toute la presse, comme le moindre faits et geste de ces gens beaux, riches, célèbres. Que s’est-il passé quelques semaines plus tôt pour en arriver là? Elizabeth avait tout pour elle: la beauté, l’élégance. Lorsqu’elle rentre de Paris à la mort de son père, le tout-Manhattan s’affole et lorgne cette jolie blonde si distinguée. Lors du bal donné chez sa meilleure amie Pénélope Hayes, elle brille de mille feux. Pourtant, sa petite soeur Diana, romantique et révoltée, ne peut s’empêcher de la mépriser pour cette froideur conformiste. Sa domestique Lina, avec laquelle elle a grandi et qui a été autrefois une véritable amie, devient une ennemie en perçant son plus grand secret: Elizabeth est amoureuse de Will, qui a le malheur d’être le cocher de la famille. Le déshonneur n’est pas loin… D’autant que la situation familiale des Holland se complique: en mourant, leur père ne leur a laissé que des dettes. Elizabeth doit donc faire d’urgence un riche mariage. C’est à Henry Schoonmaker qu’on la destine, le coureur de jupons, le pilier de bar, dont s’est justement entichée Penelope.

J’avoue: je n’ai lu ce livre que pour la robe sur la couverture. Et plus ma lecture avançait, plus je lui trouvais des défauts. L’intrigue, tout d’abord, est loin d’être originale et fouillée: une histoire de mariage arrangé qui contrarie tout le monde et qui fâche tout le monde. On n’a donc guère de rebondissement ni de grande surprise, et même la chute est plutôt prévisible. L’histoire repose davantage sur les mic-macs qui se nouent entre une multitude de personnage, les chaines amoureuses à sens unique ou les liaisons impossibles entre promis à une autre. C’est à la fois Melrose Place, des Jours et des Vies et Racine tellement le schéma est revu et improbable. Du coup, il ne se passe pas grand-chose, l’histoire n’avance pas, mais qu’est-ce qu’on raconte comme potins!
Les personnages eux-mêmes ne sont pas très fouillés, l’héroïne encore moins que les autres tant son parcours ressemble à celui d’un personnage de roman de gare, jolie petite fille riche qui s’encanaille avec le beau cocher dans le foin. Beau cocher dont le rôle est difficilement crédible tant il parle à sa maîtresse comme s’il était en terrain conquis. Le fiancé mauvais garçon, lui, est un peu plus intéressant parce qu’il fait quelques remous, en “oubliant” de venir à sa propre soirée de fiançailles par exemple. Quant à la meilleure amie devenue rivale, elle ne fait pas grand chose à part se plaindre, alors qu’on attendrait d’elle un petit peu plus d’esclandre. La petite soeur, Diana, m’a beaucoup plus intéressée: isolée car reléguée au rang de second rôle, pleine d’idées reçues qu’elle sera amenée à remettre en question, elle est prête à n’importe quelle dépravation pour se donner une identité, sans prendre la mesure de ce dans quoi elle s’embarque, même lorsqu’elle est rattrapée par des sentiments déplacée. Idem pour la femme de chambre Lina, dont l’attitude, si elle cherche à transcender les classes sociales elle aussi, est bien plus mesurée et vraisemblable que celle du cocher. Quant à la langue, elle aussi ne se donne pas la peine de faire croire à une vraisemblance historique: on pourrait aussi bien être dans un roman de chick-litt actuel.
Pourtant, malgré tous ces défauts qui en font une lecture ultrasuperficielle voire niaise, j’ai pris du plaisir à aller au bout de cette histoire où il ne se passe pas grand chose. Le roman est construit sur une forme très intéressante : chaque chapitre est raconté du point de vue d’un personnage différent ce qui permet d’avoir plusieurs points de vue sur un même événement. Chacun comporte, en exergue, un extrait d’un journal intime, d’un billet doux, d’une lettre signée uniquement d’initiales ou même d’un article de la gazette mondaine. Et comme chacun est très court, la lecture est facile. Je me suis régalée à suivre les robes, les regards en coins, les spéculations, les distorsions entre ce que le beau monde ne quitte pas des yeux et ce qui se passe réellement sous les paillettes. Ca ne vaut pas un bon roman épistolaire du XVIIIème quand à la société du paraître, mais ça détend.

La note de Mélu:

Note 4

Ce n’est pas “insolent et glamour” comme promis par le bandeau rose, ni même “Rebelle” du tout, mais très distrayant.

Titre original: The Luxe (traduit de l’anglais)

Un mot sur l’auteur: Anna Rodbersen est une auteure américaine.