chédid001Sur un forum que je fréquente, le challenge binôme nous invite à livrer notre PàL à un binôme qui y choisit, chaque mois, une lecture imposée. Pour ma part, c’est Mylou qui se charge de choisir à quelle sauce je vais être mangée. Et pour le mois de mars, elle m’a sortie ce livre-là.

A chaque fois, c’est la même chose: la poésie, je ne sais jamais comment la critiquer. Celle-là, épurée, est encore plus difficile à évoquer. Elle ressemble à quelques mots, parfois très peu, jetés sur le papier pour essayer de saisir, de cerner un mot, une idée. Le poème liminaire, intitulé justement “Epreuve du vivant”, essaye probablement de définir la démarche de la poétesse:

Gravée dans la patrie du corps
Qui entrave ou délie

Jusqu’à l’inexorable absence
Nos vies
Se frayeront
Vie

L’être humain, le corps, le poète, le temps, chacun des concepts est défini, exploré en quelques vers, questionnés parfois, comme dans “Epreuve du visage”:

Quel visage au front nu
Se détourne des rôles

Ses yeux inversant les images
Sa bouche éconduisant les rumeurs?

Ce qui m’a souvent marqué, c’est la manière dont les mots reviennent à la terre, semblent fleurir et prendre racine et comment la terre nourricière semble être une valeur sure, un recours permanent. Elle lui consacre d’ailleurs un poème au titre qui détonne, “Paroles de Terres”: ^

La Parole
Brûle à travers âge
S’aventure
Ensemence

S’accroit
   Et retentit!”

A la fin du recueil, deux poème en prose clarifient la démarche: qu’est-ce que la poésie sinon la recherche, la tentative, le tatônnement, la mise à l’épreuve du langage? Le dernier poème, “La Table des poussières”, invite à inscrire le poème sous toutes ses formes, dans son linceul, se rétractant, bondissant, frémissant, puis à l’effacer pour mieux le faire renaître.

Dans le recueil qui le suit, “Evenements”, la poésie est plus dramatique, plus douloureux, plus factuelle aussi. J'ai été très marquée par la concision et la force de “Carnages” où la poétesse s’interroge sur l’intérêt de sa poésie devant l’horreur du monde :

Quels poids ont les paroles
Le sourire   la colombe
Quand les monstres s’affublent
Du visage des humains?

Quelle dérision d’écrire
Quand les carnages s’enchaînent
Et qu’hurlent dans nos ventres
Les enfants égorgés?”

La note de Mélu:

Note 4

Je n’ai pas réussi à toujours accrocher à tant de dénuement, mais j’ai passé un bon moment.

Un mot sur l’auteure: Andrée Chédid (1920-2011) est une poétesse et romancière française. Elle est aussi connue pour être la mère de Louis Chédid et la grand-mère de Mathieu Chédid.