Cette semaine, j’ai envie de vous parler d’un portrait de femme réalisé par François-Hubert Drouais (1727-1775), peintre sous Louis XV. Voici son portrait de LA comtesse Du Barry:

Portrait-of-the-Countess-du-Barry-xx-Francois-Hubert-Drouais

Rappelons l’identité du modèle. De père inconnu (on soupçonne un moine défroqué), Jeanne Bécu est une fille du peuple. Remarquée pour sa très grande beauté, elle entre dans les salons, devient une demi-mondaine en vue, épuise la fortune de ses amants et se lie avec Mr Du Barry, libertin consommé. Lorsqu’on la présente enfin au roi pour servir des manipulations politiques qui lui passent largement au-dessus de la tête, il entend vite en faire sa nouvelle favorite. On la marie vite fait au frère de son amant pour la forme, et voilà celle qu’on a soupçonné de se prostituer qui atteint le rang de première dame de France. C’est cette femme aussi admirée qu’honnie qui prend la pose au milieu de ces fleurs. D’ailleurs, il me semble que ce tableau est entièrement conçu pour jouer avec les teintes florales et pastels. Observons cette femme de la tête au bout de ses doigts. La chevelure est d’un gris poudré délicat, orné de petits boutons de rose. Le velouté des joues fait écho direct à ces fleurs et à leur coeur au rose soutenu. Le drapé à l’antique s’arrange d’ailleurs pour dénuder l’épaule et la gorge éclatants, et le tissu lui-même offre de soyeux reflets pastel, dans les mêmes teintes que le fond ou l’espèce de nuages sur laquelle elle s’appuie: aérienne, vaporeuse, elle n’est pas sans rappeler une déesse de l’amour. Les fleurs dans ses mains jouent encore sur ces trois teintes: bleu grisé, rose poudré et blanc. Le détail qui détonne pour moi? Les rangs de perles à chacun de ses poignets. J’aime y voir une référence à Vénus, la perle née dans une coquille, ou alors le symbole de la femme facile à qui on offre ce genre de bijoux. Dans tous les cas, on a voulu représenter cette femme comme une véritable allégorie de la féminité et de l’amour sensuel.

Qu’en pensez-vous?