Cette semaine, c’est un peintre allemand qui a attiré mon attention: Johann Heinrich Wilhelm Tischbein (1751-1829). Voici un tableau intitulé Pénélope et Ulysse:

Johann Heinrich Wilhelm Tischbein ulysse et pénélope 1802

 

Rappelez-vous: après vingt ans à errer sur les mers et à pourfendre sirènes et cyclopes, Ulysse parvient enfin à rentrer à Ithaque pour bouter les prétendants hors de son palais et récupérer sa femme. Reste à convaincre la principale intéressée qu’il est bien celui qu’il prétend être. Voici donc le tête à tête: dans une structure très classique, chaque personnage a sa moitié de toile dans une très belle symétrie, un bras et une jambe avancés vers l’autre, chacun assis sur sa chaise. Pénélope est tout de même sur un piédestal: on est reine d’Ithaque ou on l’est pas. Mais ce qui me frappe surtout, c’est ces bras croisés, ces jambes croisés, cette réserve, cette attitude sur la défensive de Pénélope qui se méfie des usurpateurs qui guettent son trône et son lit. Elle trône en véritable juge. En face, Ulysse porte encore son bâton de vieux mendiant qui faisait son déguisement, ainsi que la peau de mouton qui le rappelle: il n’a pas encore quitté son statut d’intrus, même s’il se tient bien droit sur sa chaise. J’ai du mal à identifier en revanche le personnage derrière lui, mais vu qu’il porte des jarres dans les bras, je pencherai pour la vieille nourrice qui reconnaît Ulysse sans qu’il lui révèle son identité en lui lavant les pieds et qui est tenue au secret mais surveille, dans l’ombre. Et surtout, j’aime dans ce tableau, comme dans beaucoup de représentation d’Ulysse, ce petit chien, Argos, symbole de fidélité, le premier à reconnaître son maitre au-delà de toutes les apparences et qui, couché à ses pieds, lève vers lui un regard attentif.

Qu’en pensez-vous?