Aujourd’hui, j’ai eu envie de m’intéresser à une scène mythologique parmi les plus connues: la naissance de Vénus. Selon la légende, celle-ci serait née de l’écume de la mer, et aurait débarqué sur une coquille de nacre. Il s’agit d’un sujet énormément traité en peinture, puisqu’on en compte des dizaines de versions. Je vous présente ma petite sélection.

La référence: Sandro Botticelli (1485)

botticelli

La reprise: William Bouguerau (1879)

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La controversée : Alexandre Cabanel (1863)

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Faisons d’abord le point sur le personnage: Vénus est nue, blonde avec une très abondante chevelure, une peau nacrée, des formes généreuses. Et comme sa naissance est un événement exceptionnel, elle a droit à son comité d’accueil: angelots et cornes à l’appui, on annonce haut et fort que la déesse de l’amour vient de naître au monde. Mais la manière dont elle se présente est très différente: chez Botticelli, Vénus est posée, immobile telle une statue, sa main et ses cheveux montrant une évidente pudeur. La large coquille blanche, en revanche, est un symbole sexuel qui par sa couleur évoque la pureté. Franc et clair, le tableau nous dresse donc une Vénus sans ostentation malgré toute l’importance d’une déesse de son rang.
En revanche, si le tableau suivant utilise les mêmes éléments (coquille, comité d’accueil) hors de question ici d’habiller Vénus dès son arrivée: sa nudité est un de ses attributs et sa posture montre qu’elle la met en avant. Quant au cheveux, cette fois-ci, ils ne servent pas à la cacher, mais bien à fournir un geste de séduction. Cette Vénus-là donne donc sa beauté en spectacle, non sans coquetterie.
Le troisième tableau est plus litigieux encore. La coquille de nacre, qui permettait d’identifier Vénus en affirmant sa pureté sexuelle, a disparu. Elle se rapproche donc d’une femme anonyme, bien en chair, à la peau rosée, bien humaine. Sa posture également surprend: Vénus ne sort pas en majesté, mais alanguie, comme si l’oeil du spectateur se faisait voyeur de son sommeil. Une belle endormie plus qu’une déesse. D’ailleurs, si vous regardez de la manière dont ses membres et ses cheveux reposent sur les vagues, elle ne s’y enfonce pas, ne provoque pas la moindre vaguelette, de sorte qu’on croirait une femme allongée sur un lit qui aurait été copiée-collée sur un paysage d’horizon marin. La Vénus devient donc un véritable prétexte, non plus un symbole divin, mais bien un sujet érotique, une pin-up avant l’heure devant lequel les spectateurs sont invités à se rincer l’oeil. Ce tableau a d’ailleurs suscité quelque controverse parmi les amateurs d’art de l’époque, qui trouvait que cette Vénus avait quelque chose d’une courtisane.

Qu’en pensez-vous?