Cette semaine, place à Antoine Wiertz (1806-1865), un peintre belge. Voici La liseuse de romans:

Antoine_Wiertz_La_liseuse_de_romans

En voilà un tableau suggestif! Bien au fond de son alcôve, cette jeune femme allongée sur un lit défait semble se délecter de sa lecture. Observez la cambrure de la nuque et le sourire sur ses lèvres: le tableau associe de manière assez explicite la lecture à une forme d’érotisme. Une variation autour du plaisir solitaire peut-être, comme le suggère la présence du miroir: la lectrice est seule avec elle-même, et si vous observez sa posture, j’ai l’impression d’une femme qui s’est détournée du miroir pour s’abandonner à son livre, et le parallèle entre les deux objets, dans lequel la femme se retrouve et se parle, me paraît tout à fait voulu même s'il est un tantinet superficiel.  Un boudoir donc, pour une intimité savamment recherchée d’ailleurs: on aperçoit au premier plan les vêtements abandonnés là, et surtout, la pile de livre. S’agit-il des livres que notre lectrice a déjà terminés ou d’une pile de lectures à venir? Dans tous les cas, le moment lecture apparaît privilégié, préparé et surtout prendre du temps. L’effet voyeur d’intrusion dans un lieu réservé, confiné, est rendu plus clair encore par ce personnage en arrière-plan qui glisse une main clandestine et baladeuse pour attraper justement un des livres. Là encore, le désir et l’envie passe par le livre. Jolie image, non?

Qu’en pensez-vous?