OthelloA Venise, Iago ne cache pas sa colère. Othello, le général More, vient de désigner son lieutenant et au lieu de le choisir lui, avec sa longue expérience et son dévouement, il lui a préféré Cassio, un jeunot qui n’a jamais fait ses preuves. Mais Iago est un sournois. La loyauté ne vaut que pour ce qu’elle peut rapporter et il sait où est son propre intérêt. Le voici qui rumine déjà sa vengeance, à commencer par la trahison des petits secrets que lui a confiés le More. Othello a nuitamment enlevé la jeune Desdémona dont il est fou amoureux? Iago s’empresse de le dénoncer auprès du père de la donzelle. Cassio jouit de tous les honneurs? Il l’enivre et l’entraîne dans une déshonorante bagarre de taverne. Othello a épousé Desdémona et vit parfaitement heureux? Qu’il est facile de lui faire croire que sa femme le trompe avec son lieutenant préféré…

Cette pièce de théâtre est peut-être une de mes tragédies préférées, par la violence sourde qu’elle dégage. Ici, point de héros généreux ni de grands sentiments: c’est sombre, sournois, on détruit les hommes, les âmes et les coeurs sans même se saisir d’une arme, en les manipulant et en faisant ressortir ce qu’il y a de plus fragile et de plus destructeur en eux. Othello est d’abord tout d’une victime trop confiante, trop fragile, il est profondément émouvant de voir comment la jalousie et le soupçon s’insinue dans cette âme franche et noble pour le transformer en monstre. Avec une modernité étonnante, Shakespeare propose une variation très intéressante sur la barbarie et le racisme, puisque Iago se plaît à le faire passer pour un barbare venu d’Afrique et à en donner les preuves, lui qui s’illustre pourtant par la pureté de son amour et la grandeur de ses faits d’armes. En face, Desdémona inspire une pitié terrible, vu qu’elle n’est qu’une victime collatérale du grand plan de vengeance de Iago, qui se sert d’elle alors qu’elle n’y est pour rien dans ses déconvenues. Vous l’aurez compris: Iago est un personnage saisissant, un véritable méchant conscient de ce qu’il fait et déterminé à obtenir satisfaction sans se salir les mains et sans même éveiller un seul soupçon à son sujet. Plus encore que terrifiant, il est fascinant par son habileté et sa noirceur, par son discours insidieux et la confiance qu’il inspire aux autres personnages y compris ses pires ennemis. Encore une preuve que pour faire une bonne histoire, il faut surtout un bon méchant.

La note de Mélu:

Note 5

Un grand moment de littérature.

Un mot sur l’auteur: William Shakespeare (1564-1616) est un poète et dramaturge anglais de la période élisabéthaine. D’autres de ses oeuvres sur Ma Bouquinerie:

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catégorie “prénom”

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2/10

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