barbe_bleueUne colocation dans un luxueux appartement de Paris à un prix dérisoire? Ca cache forcément quelque chose. Qu'importe: Saturnine, qui a débarqué de sa Belgique pour enseigner à l'école du Louvres, a besoin d'un logement. Cependant, les femmes qui se bousculent au portillon ne sont pas attirées par l'aubaine mais plutôt par la réputation sulfureuse du propriétaire. Les huit précédentes colocataires ont disparu sans laisser de traces. Saturnine ne se laisse pas impressionner, et la voilà qui s'installe chez Don Elmirio. Très vite, elle est impressionnée par le luxe et le raffinement des lieux, mais Don Elmirio est clair: la chambre noire lui est strictement interdite. Elle n'est pas fermée à clé, mais si elle s'avise d'y entrer, il le saura et il lui en cuira. Mais Saturnine est prudente. La chambre noire, elle n'en a rien à faire. Le passé louche de son propriétaire non plus. Ce qui l'intéresse, c'est de profiter d'un véritable palace. Don Elmirio insiste pour qu'elle partage ses repas? Elle lui fait remplir le réfrigérateur des meilleurs champagnes et l'incite à confectionner son dessert préféré.

J'étais très circonspecte devant ce nouveau Nothomb. Si elle a su me ravir il y a quelques années, j'ai récemment été un peu déçue par des romans sans grande fantaisie et superficiels. Je dois avouer qu'ici, mon estime remonte sans toutefois m'arracher des cris d'admiration. La réécriture du conte, affichée, fonctionne plutôt bien. J'ai d'ailleurs été surprise du raffinement inattendu du personnage de Don Elmirio: outre un esthète qui s'extasie des mélanges de couleurs créés par les plats, c'est aussi un fin cuisinier qui a su me mettre l'eau à la bouche avec ses desserts somptueux, ainsi qu'un couturier minutieux. Un véritable artiste donc, avec son originalité puisqu'il se coupe volontairement d'un monde extérieur qui ne l'intéresse pas. Le personnage féminin m'a beaucoup plu: face à l'excentricité ésotérique de son compagnon, elle garde les pieds sur terre et n'hésite pas à le traiter franchement de fou et à lui signaler ouvertement ses bizzarreries. Elle ne réagit pas à ses provocations, ne rentre pas dans son jeu mystérieux et j'ai beaucoup apprécié cette cohérence du personnage qui représente un clin d'oeil critique de l'auteur sur ses propres marottes, une autodérision très agréable. Leurs conversations, qui occupent la majorité du roman d'ailleurs, rendent donc la lecture très dynamique, très vivante, oscillant entre rapport de force et de séduction et véritable conversation philosophique sur le sens de l'amour et du secret. Cependant, cela ne suffit pas pour en faire un roman passionnant: pour un roman parlant du plus célèbre tueur en série des contes de fée, il manque clairement d'action, de drame, de tension, de sang, ou d'un je-ne-sais-quoi pour en mettre plein la vue. La menace de Don Elmirio reste bien évanescente, lui-même n'a rien d'inquiétant une seule seconde, le Barbe-Bleue d'Amélie Nothomb est donc bien édulcoré et j'ai passé le roman à attendre enfin des cadavres qui n'arriveront jamais. Dommage.

La note de Mélu:

Note 4

Un bon roman mais quelques promesses non tenues.

Ce livre a été lu dans le cadre des Match de la rentrée littéraire: pour ce Match, je lui décerne la note de 16/20. Merci infiniment à Olivier pour l'envoi de ce livre, ainsi qu'à Lili Galipette pour m'avoir parrainnée. Pour plus d'avis et d'informations sur ce livre, cliquez ici!

 

 

 

 

 

 

 

 

 Un mot sur l'auteur: Amélie Nothomb est une célèbre, médiatique et prolixe auteure belge. D'autres de ses livres sur Ma Bouquinerie:

peplum  ne_d_eve_ni_d_adam  le_voyage_d_hiver

challenge petit bac

catégorie "personne célèbre"