Le salon d'EmilieEmilie Le Guilvinec a dix-sept ans et vit dans l’insouciance de sa Bretagne natale. De temps en temps, elle rêve sur l’élégance et la distinction des femmes de la ville qu’elle voit passer, elle qui aime tant la lecture et les beaux livres transmis par son père. Mais lorsque ce dernier meurt, la situation familiale devient bien compliquée. Emilie est alors envoyée à Paris chez une ancienne connaissance de son père, la comtesse Arsinoé de La Tour, pour devenir préceptrice de ses enfants. Emilie peut alors mettre à profit sa connaissance des lettres tout en approchant d’un peu plus près ces précieuses, ces femmes érudites qui s’occupent de conversation, du bel esprit, des bonnes manières et de la beauté de la langue. Remarquant ses qualités, Arsinoé la sollicite de plus en plus pour ces salons, jeux d’esprits et autres discussions mondaines. Emilie peine pourtant à y trouver sa place, d’autant plus qu’ à Paris, la situation n’est pas toute rose pour les nobles et les intellectuels: le roi Louis XIII est mort, et la Fronde déchire la capitale. Il convient donc d’être prudent quand on ouvre la bouche ou qu’on dégaine la plume.

J’attendais beaucoup de ce roman à la couverture élégante et au synopsis prometteur. Au final, c’est une belle déception. Certes, l’histoire d’Emilie est pleine de rebondissements, depuis son introduction dans les salons parisiens jusqu’à son amour passionnel avec son amant de poète, en passant par son mariage arrangé avec un vieux magistrat qui lui permet d’ouvrir son propre salon (celui du titre, qui ne dure qu’à peu près un quart du roman). La question des luttes sociales sur fond d’affirmation de la plus solide monarchie de France est tout à fait intéressante et met en lumière un moment-clé de l'émancipation féminine. Emilie est une jeune femme courageuse contre qui sa condition féminine et provinciale s'acharnent. Partie de rien, elle rêve de tout: amour, poésie, reconnaissance littéraire, elle en vient même à s'engager en politique mais plus dure sera la chute...
Néanmoins, j’ai trouvé trop de défauts à ce roman, à commencer par toutes les promesses qu’il ne tient pas, à savoir d’être un roman sur les précieuses, ces femmes lettrées et pleine d’esprit. Car à aucun moment du livre, elles ne font étalage de cet esprit, de cette belle langue, de cette culture. On passe son temps à parler de leurs jeux intellectuels sans jamais savoir en quoi il consiste, un seul de leurs textes nous est vraiment retranscrit. Leurs bons mots ou même leurs lectures sont soigneusement passés sous silence. A peine passe-t-on une demi-page à montrer qu’elles tentent de rendre la langue française plus belle et plus simple avec quelques mineurs exemples qui nous laissent très vite sur notre faim. Le portrait des précieuses est bâclé. Tout comme la construction du roman d’ailleurs: certes, l’auteure semble être particulièrement érudite sur le sujet, comme elle ne manque pas de le rappeler en signalant par des notes de bas de pages les points historiques authentiques de son roman ainsi que leur source. Cela me semble lourd et maladroit: les sources sont tout sauf parlantes pour moi, elles donnent juste l’impression d’un cours d’histoire déguisé en roman. Un roman, même historique, est une fiction avec toute sa légitimité et n’a pas à se justifier en permanence, une bonne bibliographie à la fin du livre aurait largement suffi. De même, on retrouve volontiers des personnages réels, tels Voiture ou La Rochefoucauld, mais ils sont trop souvent traités comme des citations et non comme des personnages de roman. Ainsi on trouve même un “[…]” au milieu d’une lettre de Voiture (avec sa note de bas de page qui certifie l’authenticité bien sûr). Bref, on ne fait que parler superficiellement de la Fronde (par les récits des personnages et non parce qu'on y est plongé) et des précieuses sans les mettre en scène, sans rien en faire de vraiment dramatique ou romanesque. Le langage lui-même est inégal, de sorte que si des efforts sont faits pour utiliser un langage classique, une seule des précieuses s’exprime vraiment comme telle et on retrouve beaucoup de formules contemporaines, sans parler d’une narration au présent bien étonnante quand on considère que le passé simple est le symbole du récit d’époque. De quoi abaisser le niveau alors que les personnages proclament qu'il faut le remonter.
Heureusement, j’ai fini par me prendre au jeu, intriguée que j’étais par le destin d’Emilie, désireuse de savoir si elle rencontrerait quelqu’un qui lui ferait oublier sa condition modeste et son vieux mari, mais sans franchement m’attacher aux personnages ni à une intrigue la plupart du temps survolée et sous-exploitée. On n’ira au bout ni du secret de famille d’Emilie, ni de son aventure amoureuse, ni de son salon qui n’existe que brièvement. Quel dommage…Curieusement, j'ai été plus sensible au personnage de George de la Motte, son mari, décrit comme un vieil homme sans coeur, mais qui a depuis longtemps passé l'âge des badinages amoureux, qui cède à tous ses caprices, qui ferme les yeux sur sa liaison tant qu'elle ne déshonore pas son nom et qui va au bout de ses idées politiques. Une complexité toute à son honneur.

La note de Mélu:

Note 2

Un potentiel énorme mais un traitement et un style qui ne m’ont pas du tout conquise. Je remercie néanmoins Karine du forum logo_club_de_lecture ainsi que les éditions j_ai_lu_petit pour ce partenariat.

Un mot sur l’auteur: Emmanuelle de Boysson (née en 1955) est une romancière et critique littéraire française.

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