couleur de peau mielJung a cinq ans, aime le Coca. Il erre dans les rues de Séoul, lorsqu’un policier l’emmène à l’orphelinat. Ils sont des centaines, ainsi, à être adoptés à travers le monde: la guerre de Corée a fait de nombreux orphelins. Une photo, quelques descriptifs de santé et une fiche signalétique et le voici proposé au départ pour une famille belge. Ils décident de conserver son nom coréen: voici Jung petit dernier d’une famille qui comporte déjà quatre enfants qui eux, ont la peau blanche et les cheveux blonds. Comment trouver sa place dans cette fratrie, chez ces parents, dans ce pays? L’enfance est difficile. Si ses frères et soeurs font de lui un membre de la famille à part entière, le caractère froid de sa mère le fait toujours souffrir. Serait-il la pomme pourrie de la famille? La Corée ne représente pas grand-chose pour lui et il est bien difficile de se trouver des points communs avec les autres Coréens adoptés qu’il croise. Alors qui est-il?

J’avais beaucoup entendu parler de cette BD et depuis l’adaptation cinéma, je m’étais décidé à la lire. Ce roman graphique d’une grande sensibilité est tout à fait intéressant. D’abord parce qu’il creuse la question de l’identité et de l’adoption, question sensible s’il en est. A la recherche de l’amour d’une mère, en questionnement sur son abandon, en quête de son identité, le petit Jung de cette histoire se cherche des repères, des modèles, des miroirs, des réponses. Le sujet est complexe, et l’auteur le traite avec prudence, habileté et sans caricature, et surtout avec beaucoup d’humour. Le petit Jung n’hésite pas ainsi à se décider japonais par admiration pour les Samouraï (alors qu’il sait pertinemment que le Japon et la Corée n’ont rien à voir). Ensuite, parce qu’en sus de cette question de l’adoption et de l’orphelin, le petit Jung doit affronter les tourments de l’adolescence: la découverte de la sexualité, l’envie de plaire aux filles, les amis, le décalage avec les parents. Et là encore, la lecture des magazines érotiques ou les regards lancés aux filles dans les vestiaires font volontiers sourires, alors que le renfermement sur soi, la timidité voire la cruauté dont il peut être capable sont poignants, lui qui ne cherche qu’à être aimé et rassuré. En noir et blanc, les dessins rappellent par moment les manga par leur manière de rendre les traits asiatiques tout comme par l’introduction farfelue de petits personnages humoristiques là où l’on s’y attend le moins. Pour autant, c’est un véritable album à l’occidentale que nous avons, et le mélange est lourd de sens. Touchante, drôle, volontiers cynique sur soi-même, cette oeuvre autobiographique est d’une immense qualité et nul doute que je me jetterai sur le tome 3 dès qu’il sera paru.

La note de Mélu:

Note 5

Un roman graphique qui pourrait devenir un must-read du genre.

Un mot sur l'auteur: Jung (né en 1965) est un auteur et dessinateur belge d'origine coréenne. Il a aussi été co-scénariste de l'adaptation cinéma de ce livre.

challenge petit bac

catégorie “partie du corps”

En 2012, cette BD a été adaptée au cinéma: