Le-Gone-du-ChaabaAu Chaâba, il n’y a pas l’eau courante, on fait la lessive dans le Rhône, les camionnettes des prostituées jouxtent les terrains de jeux des enfants. Nous sommes dans la banlieue de Lyon, dans un bidonville où s’entassent les immigrés maghrébins, où les gones vendent des fleurs à la sauvette sur les marchés et s’agglutinent au fond des salles de classe pour qu’on ne voit pas leurs chaussettes sales et leurs fautes de Français. Car dans les années 1960, en France, on donne des leçons d’hygiène, de morale, dans une école obligatoire. Le jeune Azouz a décidé qu’il allait braver la fatalité de sa situation d’immigré: il fera mieux que les Français. Il sera premier de la classe. Mais difficile d’apprendre ses leçons dans une pièce unique où l’on vit avec tous ses frères et soeurs, difficile de passer par-dessus la honte d’être le “traitre” qui joue le jeu des Français de l’école, difficile de progresser quand on  ne connaît certains mots qu’en arabe. Mais Azouz y croit, et ça marche: le bidonville vit ses dernières heures…

C’est une véritable leçon qu’Azouz Begag nous donne dans cette autobiographie romancée de son enfance. Une leçon de persévérance, de courage, de volonté. Le petit Azouz de cette histoire est un enfant qui refuse de subir la misère, l’ignorance, la violence dans laquelle il vit. Il comprend très vite que pour avoir le confort des Français, il faut vivre comme les Français et les battre à leur propre jeu. Hors de question de se stigmatiser tout seul: Azouz lit, apprend, se cultive, réfléchit et s’applique. Et ça marche. Et contrairement aux autres “gones” (gosses) du Chaâba, il ne voit pas cela comme une trahison à ses origines. Ses interlocuteurs se chargeront de lui montrer cela comme une richesse. L’histoire est donc profondément touchante. Mais ce que j’ai apprécié, c’est qu’elle ne se transforme ni en misérabilisme, ni en éloge républicain. La France et son école n’apportent à Azouz qu'une place, à lui d’en profiter et de s’en servir d’escabeau social. Quant à la vie au Chaâba, elle donne lieu à des scènes toutes plus cocasses et plus hilarantes les unes que les autres, qu’il s’agisse de la lapidation des voitures des prostituées ou de l’accent à couper au couteau du père d’Azouz qui peine à comprendre qu’il passe en “sizim, la grande icoule”. En arrière plan, on devine la difficile ascension sociale d’une famille qui quitte un bidonville pour se retrouver en HLM, premier pas pour Azouz vers les prestigieux bancs du lycée Saint-Exupéry et vers le ministère qui l’accueillera quelques dizaines d’année plus tard.

La note de Mélu

Note 5

Un livre qui fait du bien.

Un mot sur l’auteur: Azouz Begag (né en 1957) est un écrivain et homme politique français, ministre de l’égalité des chances entre 2005 et 2007.

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