Vu que j’en ai déjà parlé il n’y a pas longtemps, je ne vous représente pas ce peintre de la fin du XIXème siècle. Voici L’esclave et le lion:

Rochegrosse l'esclave et le lion

Ah la peinture orientaliste qui ne recule devant aucun cliché… Tout y est! Un homme à la peau brune et à l’imposante barbe noire est étendu sur un immense lit, figure même du Turc lascif de nos mille et une nuits. Il est entouré de deux femmes. L’une est vêtue comme une princesse carthaginoise décadente, couverte de broderies et de bijoux, et la couleur de sa peau et la richesse de ses atours en font une quasi-égale de l’homme alangui. Tous les deux baissent un regard à la fois nonchalant et intéressé sur une femme à la peau très blanche à moitié nue qui cette fois prend une pose très suggestive tout en éventant un lion endormi. Ce que j’aime dans cette image, c’est le renversement des valeurs: le décor surcharge les connotations orientales, depuis la barbe noire jusqu’aux tapis persans, en passant par les décorations murales qui semblent tirées d’un temple égyptien, et pourtant l’esclave est tout ce qu’il y a de plus blanche. De quoi surprendre les clichés sur les peuples supérieurs! Histoire d’aller plus loin dans le fantasme, là où nous européens avons des chiens au pied de notre canapé et des chats sur nos lits, les Orientaux ont des lions qui somnolent sur leurs tapis. De la crinière du lion à la barbe noire, les symbole de virilité et de puissance se répondent (observez le parallèle parfait de leur corps, comme si l’un était le reflet de l’autre) et encadrent une femme qui est toute sensualité et disponibilité, véritable proie à tous les niveaux.

Qu’en pensez-vous?