un long dimanche de fiançaillesIls étaient cinq. Cinq soldats de la Grande Guerre, condamnés à mort pour tentative de désertion. Pour l’exemple. Et histoire de rendre la punition vraiment exemplaire, vraiment mémorable, on ne se contente pas de les exécuter. On les balance, en pleine nuit, dans la neige, dans le no man’s land qui sépare la tranchée française et la tranchée allemande. On les livre en pâture à l’ennemi. Et dans ce massacre, ils ont été déclarés “mort pour la France”. Mais qui peut réellement identifier les cadavres dans cette guerre? Parmi eux, il y avait Manech, un Bleuet, un jeune soldat d’une vingtaine d’années. Il a écrit ce dimanche-là sa dernière lettre à sa fiancée, Mathilde. Et Mathilde est persuadée que Manech n’est pas simplement mort cette nuit-là, qu’il s’est passé plus de choses, qu’il est peut-être même toujours en vie. Et tant qu’elle ne saura pas le fin mot de l’histoire, elle n’arrêtera pas ses recherches.

J’ai ouvert le livre attiré par l’originalité de l’intrigue et le film avec Audrey Tautou que j’ai vu à sa sortie. L’intrigue a en effet de quoi séduire: la question des auto-mutilés de la guerre est longtemps restée tabou, et on comprend pourquoi. Le roman se charge de rappeler, avec moult témoignages et descriptions précises, à quel point cette guerre a été atroce, horrible, longue, usante, au point que les soldats étaient prêts à tout pour rentrer chez eux, même à risquer la condamnation à mort. On suit avec avidité les informations, les vraies comme les fausses, que Mathilde glane petit à petit, les gens qu’elle essaye de retrouver, les contacts qu’elle essaye de nouer avec les femmes et fiancées des quatre autres condamnés, toujours devancée par Tina Lombardi, la fille du Sud prête à tout pour venger son Nino. La ténacité à toute épreuve de Mathilde a de quoi forcer le respect. Cependant, je n’ai pas spécialement aimé le style de l’auteur: il use et abuse du discours indirect libre, et l’on a du mal à comprendre qui parle, ou si même quelqu’un parle. Les nombreux flash-back et les grandes libertés prises avec la ponctuation n’aident pas vraiment. Du coup, j’ai eu du mal à suivre l’histoire sur la longueur.

La note de Mélu:

Note 3

Une bonne trame mais une manière de raconter qui ne m’a pas plu.

Un mot sur l’auteur: Sébastien Japrisot (1931-2003) est un auteur français connu pour avoir traduit L’attrape-coeur de Salinger ou écrit L’été meurtrier.

unlongdimanchedefiancaillesLe film: en 2004, c'est Jean-Pierre Jeunet qui décide d'adapter le roman de Sébastien Japrisot, peu après son mondialement célèbre Amélie Poulain. Surfant sur la vague, il propose à nouveau le rôle principal à Audrey Tautou. Je ne suis décidément pas fan de cette comédienne, mais j'avoue que ce rôle de fille vidée, tendue par l'espoir et minée par l'attente, creusée et monomaniaque, lui va plutôt bien. A l'époque, elle était moins maladive que maintenant et les scènes où elle raconte sa jeunesse auprès de Manech sont plutôt touchantes. Manech, quant à lui, est joué par le toujours parfait Gaspard Ulliel: on a depuis l'habitude de le voir en rôle viril de mâle assumé, il est ici un petit garçon terrifié par la guerre aux grands yeux innocents qui donne envie de le câliner et de le rassurer. Je l'ai trouvé parfait, il réussit à s'imposer alors que son rôle est drôlement en retrait. Dans le film on croisera également une jolie galerie d'actrice pour incarnerles autres fiancées des soldats: une  Jodie Foster émouvante et très élégante, une Julie Depardieu mutine, et surtout une Marion Cotillard vénéneuse, sombre, sublime dans le rôle de la prostituée amoureuse qui mène sa propre vendetta, une véritable veuve noire qui mérite parfaitement le César du Meilleur Second Rôle. On aura également le plaisir le croiser Jean-Paul Rouve, en facteur dévoué.
L'intrigue, quant à elle, est tout aussi tortueuse et complexe qu'elle l'était dans le livre. Mais on y ajoute le petit grain de merveilleux, de fantaisie voire d'humour caractéristique du réalisateur, qui donne à cet univers pourtant sombre une atmosphère pleine d'optimisme, très chaleureuse. Certaines scènes semblent même sorties d'un univers de conte tant elles sont auréolées de douceur, d'autres font franchement rire, comme lorsque Mathilde, après avoir simulé une paralysie pour attendrir un avocat, se relève de son propre fauteuil roulant devant des passants médusés. Le film joue sur le contraste que forme cette ambiance paisible avec les souvenirs de la guerre crus, boueux, violents que Mathilde va remuer et l'opposition entre le front et l'arrière est brutale. Très beau à regarder, plein d'effets de flash-back et de traits ingénieux, le film reste néanmoins un peu long et difficile à suivre. Cela reste tout de même un bon film.