on ne peut pas lutter contre le système 1Lawrence Newton travaille pour le consortium HONOLA, l’un de ces grands groupes commerciaux et financiers qui font la pluie et le beau temps sur l’économie mondiale. A la veille d’un Grenelle de l’Agriculture qui devrait leur permettre d’agrandir encore leur importance, en assouplissant les lois sur les OGM, un petit pépin vient se glisser dans l’engrenage. Clara, Hakim et Louise, trois militants du mouvement écologique Greenforce s’infiltrent pour libérer des animaux dans un laboratoire et découvrent un rapport bien compromettant pour HONOLA. Leur conscience ne fait qu’un tour: les voici bien décidés à mener leur enquête pour faire tomber le grand groupe, qui symbolise tout ce contre quoi ils se battent, leur ennemi suprême. Lawrence les surveille de loin: il faut dire que quinze ans auparavant, il faisait partie de leur petit groupe, marié à Clara, se battant contre le système dont il est aujourd’hui un des membres actifs.

Bon sang que j’ai adoré ce roman! Non, il n’a rien d’un obscur thriller financier comme j’aurais pu le craindre, moi qui ne suis pas très au fait de ce monde-là. C’est d’abord un roman d’action, de course-poursuite aux quatre coins de la planète: nous suivons avec angoisse et excitation nos trois héros, sortes de néo-hippies passionnés, à une pêche aux informations qui a tout d’une véritable folie, surtout pour Clara qui en fait une obsession personnelle, véritable Achab derrière sa baleine blanche. Il est assez amusant d’imaginer trois petits militants devenir aussi inquiétants pour une telle firme, d’être pourchassés par un véritable arsenal, et d’arriver à leur filer entre les doigts. Le thèmes du roman sont donc brûlants d’actualité, qu’il s’agisse de manipulations financières à très grande échelle ou de la lutte active contre les méfaits de ces firmes sur l’environnement au mépris même de la santé humaine. Que cherche réellement à faire HONOLA de si gros et de si grave pour qu’elle envoie des tueurs au niveau international pour garantir le projet? Cela a-t-il un rapport avec les semences qu’elle vend en Ouganda et qui détruisent les récoltes entières? L’étonnant réalisme de ce genre de scénario a de quoi faire froid dans le dos…
Et le caractère bien trempé des personnages est à la hauteur de cette lutte, qu’il s’agisse d’Hakim qui ne cesse de dire “guère” au lieu de “pas”, de Louise, ses dreadlocks et ses surnoms cocasses, ou Clara et son chat Gribouille qu’elle se fait un devoir de soustraire à ses agresseurs. Si j’ai eu un peu de mal à cerner le personnage de Lawrence, j’ai en revanche adoré pouvoir suivre son histoire. Parce que régulièrement, le roman fait des flashback, sur la vie de Lawrence avec ses anciens amis, son histoire d’amour avec Clara, leurs anciennes actions pour couper les filets de pêchers de baleine ou faire dérailler les trains de déchets nucléaires, tout ce qui a conduit à leur séparation. Aucun temps mort dans le rythme, juste une irrésistible envie de savoir ce qui a bien pu se passer, un suspens permanent, pour un roman étonnamment addictif qui se laisse raconter tout seul, et surtout bourré d’humour: qu’il s’agisse des nombreuses références au cinéma (le contact des militants a pour nom de code Marty Mc Fly!) ou des dialogues enlevés, on s’amuse franchement et c’est son gros point fort.
En un mot, malgré des thèmes qui auraient pu me faire peur, je n’ai pas pu lâcher ce roman avant de l’avoir fini, parce qu’il a réussi à toucher des sujets vraiment sérieux avec une intrigue qui a de quoi satisfaire à la fois les amateurs de suspens et les midinettes, et surtout un vrai talent pour embarquer son lecteur: mon petit coeur de lectrice déjà très attaché au caractère passionné et entier de Clara a fait bien du yoyo sur les dernières pages!

La note de Mélu: un coup de coeur!

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Un immense merci à l’auteur J. Heska qui m’a proposé de découvrir cette merveille. Je ne saurai trop vous recommander de le lire d’abord parce que c’est un excellent roman et en plus, parce que c’est un e-book vendu à 2,99 € sur Amazon et franchement, rien que pour la démarche de vendre des e-book à ce prix-là, ça mérite du soutien! Et si vous voulez être convaincu, je vous recommande cet article de l’auteur lui-même sur son site, pour connaître les 100 bonnes raisons de le lire, vous en trouverez forcément une!

Un mot sur l’auteur: J. Heska est un auteur français qui avait déjà rencontré un certain succès avec Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir (et qui a un chat!)

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Mélu: Vous croisez un thème brûlant d’actualité, à savoir la crise financière, en le croisant avec celui de la lutte écologique. Qu’est-ce qui vous a poussé à développer ces deux thèmes particulièrement ?

J. Heska:En tout cas, absolument pas pour faire du militantisme primaire ou racoler le lectorat avec des sujets d’actualité ! ;-)
Plus sérieusement, je dirais qu’il y a deux mouvements de fond qui m’ont amené à développer ces thèmes :
Tout d’abord, le fait que les crises financières et environnementales soient au cœur des bouleversements de notre civilisation. En tant qu’écrivain passionné par les changements sociétaux, je me plais à décortiquer ces logiques qui nous amènent au point de rupture (pas forcément à prendre dans le sens négatif), pour mieux les intégrer à mes romans. Ensuite, une fois que tous ces aspects sont ingurgités, je tords les logiques jusqu’à leur paroxysme. Jusqu’à l’explosion du système, en l’occurrence ;-).
Le second mouvement est plus concret : lors de la construction de mon roman, je savais que je voulais faire « exploser » le système. Et quoi de plus représentatif que les banques ? (j’aurais provoqué l’effondrement de l’amicale des boullistes de Pitiviers-sur-Marne, cela aurait été moins spectaculaire ;-) ).
J’avais également en tête de vouloir mettre en scène le fameux « grain de sable » qui fait enrayer toute la machine. Inattendu, insoupçonnable, insignifiant. Il me fallait donc un sujet suffisamment éloigné, mais crédible : l’environnement était parfait. Surtout qu’il concentre un jeu d’acteurs et des logiques très fortes qui pouvaient ajouter une dimension complémentaire au roman.
J’avoue tout de même que je me suis longuement interrogé, j’avais peur de trop en faire, mais au final, je suis plutôt satisfait du résultat !

Mélu: Face à des thèmes aussi sérieux et complexes et un genre (le thriller) qui ne prête généralement guère à sourire, vous utilisez un ton enlevé avec beaucoup de second degré et d’humour : pourquoi ce choix ?

J. Heska: Parce que je ne peux pas m’en empêcher ;-) En fait, pour vous avouer un secret, avec ce second roman je voulais opérer un changement radical par rapport au premier (Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir) : ne pas m’enfermer dans un genre, être plus sombre, moins léger, gagner mes galons d’écrivain sérieux (le genre qui intervient dans des salons la pipe suspendue aux lèvres et les lunettes demi-lunes sur le bout du nez).
Et puis je me suis rendu compte au fur et à mesure de l’écriture que je ne pouvais m’empêcher de garnir mon texte de références diverses, de second degré, d’humour plus ou moins heureux. Je pense au final que cela vient à la fois de mon moi-profond (j’ai un humour très pince-sans-rire), de la façon dont je souhaite raconter des histoires (j’ai toujours peur en voulant être trop sérieux ou en n’ayant pas suffisamment de recul de sombrer dans le pompeux ou l’arrogant), et surtout, d’une volonté de conserver une certaine légèreté et de divertir avant tout. Je ne suis pas un grand fan des romans glauques à l’ambiance pesante et pessimiste. J’aime au contraire quand un roman vous transporte, vous fait rêver, vous fait vous évader d’un quotidien parfois complexe. C’est un souffle épique que je veux insuffler dans mes œuvres. La vie est dure, ne la rendons pas plus déprimante.

Mélu: On ne peut pas lutter contre le système est votre second roman. Avez-vous d’autres projets, et quels thèmes souhaitez-vous aborder à l’avenir ?

J. Heska: Oh oui, plein ! Comme vous avez pu le constater, je suis un fan des thématiques sociétales. J’aime parler de la façon dont un groupe / une société / une civilisation peut basculer à un moment ou un autre, s’éteindre, ou évoluer. Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir exposait un changement philosophique de civilisation dans un roman généraliste. On ne peut pas lutter contre le système montre comment celle-ci peut s’écrouler dans un thriller. Le troisième, en cours d’écriture va raconter comment une société se transforme, en lorgnant du côté fantastique… Je n’en dis pas plus pour le moment !


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Un grand merci à J. Heska pour sa disponibilité et sa gentillesse!