BIGrapport-minoritaire.jpgDeux nouvelles qui ont pour point commun d’avoir été adaptées au cinéma et d’avoir été écrites par un grand auteur de science-fiction américain.

Rapport minoritaire: En 2054, grâce à Precrime, il n’y a presque plus de meurtre: un trio de medium les voit et permet aux policiers d’arrêter les criminels avant qu’ils ne tuent. Le chef de Precrime, John Anderton, croit dur comme fer à son système. Mais lorsque les Precogs annoncent qu’il va se rendre coupable du meurtre d’un homme qu’il ne connaît même pas, il n’a d’autre choix que de fuir. Ce ne peut qu’être un complot, mais par qui? Sa femme? Son futur successeur, pour l’évincer? Son seul espoir: prouver que son propre système a des failles, que les trois Precogs ne sont pas toujours d’accord sur le futur, et renier ainsi tout ce qu’il a mis des années à mettre en place.

Souvenirs à vendre: Douglas Quail, petit employé, n’a qu’un rêve: aller un jour sur Mars. Mais il n’en a pas les moyens. Il se rend alors dans une société qui vend des souvenirs: pour une somme modique, on lui implantera les souvenirs d’un séjour sur Mars de deux semaines, on lui fournira les objets qui accréditeront ces souvenirs et il oubliera même être venu à la société. Histoire de suivre son fantasme jusqu’au bout, il se modèle un souvenir où il serait un agent secret envoyé en mission sur Mars. Problème: lorsque les employés le mettent sous sédatif, ils découvrent que ce fantasme est en fait un souvenir réel, déjà présent, qui avait été effacé… Qui est réellement Douglas Quail?

J’ai choisi ces deux nouvelles car j’avais vu les deux films et j’étais curieuse de découvrir cet auteur de science-fiction sans oser me lancer dans son cultissime Blade Runner. Je dois avouer que j’ai été un peu déçue par Rapport Minoritaire (il faut dire que j’ADORE le film) qui m’a semblé lancer des pistes complexes pour pas grand-chose (notamment l’identité de la victime) avant de se recentrer réellement sur le problème des failles du système et du paradoxe temporel: car finalement, celui qui connaît son avenir a la possibilité de le changer et rend obsolète la prédiction, voilà tout le problème de Precrime, plus encore que le problème éthique d’enfermer des meurtriers qui n’ont pas (encore) commis le meurtre. Cette nouvelle nous plonge donc dans une véritable réflexion sur la justice et la morale, très intéressante à l’heure où la question des récidives et de l’anticipation revient à chaque drame dans nos journaux télévisés. En revanche, j’ai trouvé Souvenirs à vendre très bien mené et très bien construit: monsieur personne peut-il être un héros qui s’ignore? Que risque-t-on de révéler ou de détruire en jouant avec la mémoire? A la fois cocasse et inquiétante, cette nouvelle est une réussite de bout en bout.

La note de Mélu:

Note 4

D’excellentes nouvelles malgré un moment d’adaptation un peu difficile pour moi.

Un mot sur l’auteur: Philippe K. Dick (1928-1982) est un auteur américain prolixe connu pour ses romans de science-fiction comme Blade Runner.

Titre original: Minority Report / We can Remember it for You Wholesale (traduit de l’anglais)

minority reportEt le film? En 2002, c’est le grand Steven Spielberg qui adapte la nouvelle au cinéma. Ca promet… et ça tient ses promesses. Le point de départ est le même: trois médium au service d’une unité de police qui arrête les criminels avant leur crime et dont un éminent agent va être accusé du meurtre d’un homme qu’il ne connaît pas. Mais à partir de cette trame, on a installé une histoire complexe et très bien élaborée. L’histoire personnelle de John Anderton était ébauchée dans le livre avec les soupçons sur sa femme? Ici, Un John Anderton plus jeune incarné par un Tom Cruise dont c’est peut-être la meilleure performance après celle de Lestat Le Vampire (et c’est quelqu’un qui n’aime pas Tom Cruise qui vous le dit) ne s’est jamais remis de l’enlèvement de son petit garçon, ce qui a provoqué sa rupture avec son épouse Lara, incarnée par une délicate et étonnante Kathryn Morris (mais si, la Lily Rush de Cold Case sur France 2!). On ajoute également un président de Précrime, Lamar Burgess, incarné par Max Von Sydow, figure paternaliste versatile particulièrement réussie, ainsi qu’un inspecteur chargé de vérifier si Précrime est vraiment légal, campé par un Colin Farrell qui ne prend pas trop de place et c’est très bien. Les précog eux aussi voient leur rôle augmenté, puisque leur histoire et leur origine devient un point central dans la question de la morale et de l’éthique posée par cette histoire.
L’intrigue est donc largement étoffée et l’on nous plonge volontiers des hautes sphères technologiques au bas-fonds les plus glauques où finit Anderton en tant que fugitif. Loin d’être uniquement un film d’action à gros budgets et gros effets spéciaux, il laisse toute sa place aux questionnements initiés par la nouvelle, y ajoute une réflexion sociale et familiale touchante, et surtout, met en oeuvre un scénario subtil et sans temps mort: la scène de la course-poursuite dans le centre commercial, où Anderton, guidé par la précog qu’il a enlevé pour lui soutirer ce fameux rapport minoritaire, parvient à échapper à ses poursuivants en suivant les prédictions de sa compagne est tout simplement hallucinante!
Dernier point et non des moindres: le film est visuellement une merveille et les détails futuristes sont véritablement des bijoux, qu’il s’agisse des gants électroniques dont Tom Cruise se sert pour contrôler son ordinateur, des bâtons à vomir qui remplacent les taser des policiers, des systèmes de “flicages” par reconnaissance optique qui pullulent dans les rues ou même du bassin où sont installés les Précogs, alliant à merveille mysticisme et technologie.
Bref, si vous ne l’avez pas encore vu, jetez-vous sur ce film!

 

total recallEn 1990, Paul Verhoeven adapte Souvenirs à Vendre sous le titre Total Recall, avec Arnold Schwarzenegger et Sharon Stone en tête d’affiche. Là aussi, ça promet du lourd. L’intrigue de base est respectée, excepté que plutôt qu’un désir impérieux, c’est un rêve bien précis qui donne envie à Quail d’aller sur Mars. Comme dans la nouvelle, l’implantation de souvenir échoue. Mais à partir de là, tout change: lorsque son entourage découvre que des souvenirs de Mars lui reviennent, leur attitude change radicalement, notamment celle de son épouse qui lui annonce faire partie de l’agence et que les souvenirs d’un mariage lui avaient été implantés. Seul solution pour connaître la vérité: aller sur Mars sur la trace de ces pseudo-souvenirs.
L’adaptation est donc très libre. Néanmoins, le thème de la mémoire est bien présent et la perte de repères entre souvenirs faux, vrais et réalité est assez remarquable. Là où le film est surtout très réussi, c’est sur les images de Mars qu’il propose, fantasmagorique, inquiétantes, grimaçantes, car peuplées de mutants déformés par les radiations martiennes. Ils font froid dans le dos…
Complexe et un peu allumé, il faut le dire, ce film est néanmoins fascinants et fournit une galerie de personnages à la fois grotesques et inquiétants. Il a au moins l’avantage de sortir des stéréotypes et de ne pas présenter un Schwarzenegger qui joue les gros bras comme seule activité (pour une fois que tout se passe dans sa tête!) sans hésiter non plus à le ridiculiser avec un humour bien grinçant, et de ne pas trop standardiser l’effet “héros qui s’ignore” subtilement évoquée dans la nouvelle. Ce ne semble pas être le cas de la version 2012 prévue pour le 15 août, qui au vu de l’affiche et des photos, prépare quelque chose de beaucoup plus lisse et convenu. A voir…

total recal 2012