Pastel_et_sanguine Nous sommes à Toulouse, en 1561, époque où la ville vit du commerce du pastel, cette teinture bleue qui s'arrache, sur fond de guerre de religion. Carbonel, l'homme de main d'un de ces pastouliers sans scrupules, découvre avec horreur que sa soeur Lise vient d'être pendue pour d'être trop éloignée du catholicisme. D'ailleurs, les rafles se multiplient pour nettoyer la ville de ces hérétiques. Mais la pluie incessante ruine les cultures et la récolte de pastel s'annonce désastreuse. L'employeur de Carbonel lui ordonne de se renseigner sur l'état des récoltes et des commerces autour de cet or bleu. Mais le principal pastoulier de Toulouse, qui justement se préoccupe le plus de ce désastre annoncé, a bien d'autres soucis: la jolie Cristina, qu'il a ramené comme quasi esclave d'un voyage en Hollande, lui a échappé et court à présent dans les rues de Toulouse. Introuvable! Pourtant, une blonde hollandaise à Toulouse où toutes les filles sont brunes, ça ne devrait pas passer inaperçu! Les deux chasseurs de prime espagnols lancés à sa poursuie ont bien du mal à s'éloigner des tavernes pour mener à bien leur mission. Alors qui a pu l'apercevoir? Carbonel la brute? Fanette la peintre? La tenancière de la maison close, toujours friande de jolies filles pour satisfaire ses nouvaux clients? 

J'ai mis un peu de temps à comprendre de quoi il retournait dans ce roman: il commence par nous présenter les différents personnages de cette intrigue avant de faire en sorte que leurs chemins se croisent. J'ai eu aussi un peu de mal à saisir l'enjeu du pastel, cete plante dont on fabrique un produit de luxe. Passé cela, j'ai tout simplement adoré l'ambiance: loin d'une Renaissance flamboyante, lumineuse et raffinée, on descend ici dans les bas-fonds de Toulouse, guidés par un homme de main qui ne cesse de se plaindre que l'une des rares dents qui lui reste lui fait souffrir un martyre que seul l'alcool peut calmer, et où le bain n'est encore qu'un caprice que seule les prostituées peuvent exiger. Dans ce Toulouse, on pend les hérétiques et on laisse les cadavres se décomposer sous la pluie. Les pires vices se cachent chez les hommes les plus puissants de la ville, capables de séquestrer une pauvre fille pour lui imposer ses fantasmes déviants. J'ai tout particulièrement été touchée par Cristina, perdue dans un pays dont elle ne connaît même pas la langue. Franche et enlevée, parfois un peu crue mais sans verser dans la vulgarité, la langue de ce roman sait révéler les parenthèses de douceur et de légèreté et dramatiser les passages d'horreur qui rappellent que le monde est loin d'être rose.

La note de Mélu:

Note 4

Un bon moment, qui m'a beaucoup appris et des personnages très attachants.

Un mot sur l'auteur: Michel Mathé (né en 1963) est un écrivain français originaire du Sud-Ouest qui a été journaliste, producteur de spectacles et auteur de théâtre.challenge petit bac

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