la folie du roi marcLe roi Marc est un de ces inconnus qui est resté dans l’ombre des grande histoires. Lui, le mari d’Yseut. Celle que Tristan est allé chercher pour lui en Irlande et qui en est revenu très éprise. Infidèle avant même d’être mariée. Et les rumeurs vont vite, de sorte que lui, le roi Marc, se doute maintenant que sa femme se dérobe la nuit pour aller en rejoindre un autre. Il le sait, tout le monde le sait, et le voici le cocu le plus célèbre du royaume. Mais sans preuve… Comment ne pas devenir fou? Lui qui fait tout pour plaire à la femme qu’il aime se morfond et se ronge devant son indifférence. Il alterne entre délires paranoïaques, aveuglement amoureux, volonté de vengeance et déchirement de devoir châtier ce jeune homme qui est un fils pour lui. Il sombre, il tourne en rond, il subit, il se révolte. Elle continue à se taire. Rien ne bouge chez Yseut. Alors il se venge: un bûcher, le bannissement, les lépreux, une épreuve divine, il n’épargne rien à sa femme. Rien n’y fait: il ne possède pas Yseut.

C’est après le billet de Lili Galipette que j’ai noté le titre de ce roman. Grand bien m’en a pris: c’est un vrai régal. Avec le fil rouge d’une terrible introspection où le roi hait et adore les deux amants les plus célèbres de la littérature médiéval, on redécouvre cette histoire avec ce qu’elle a de terrible, de fatal, d’immoral et de douloureux. Celui qui persécutait Yseut pour obtenir la preuve de sa culpabilité apparaît ici comme un homme profondément amoureux, profondément meurtri, profondément déchiré. Car jamais il ne parvient à totalement renier ce presque-fils, ce Tristan qu’il a quasiment élevé, tout comme jamais il ne parvient à bannir définitivement Iseut. Il en devient la risée du royaume, incapable de voir ce qui se trouve sous ses yeux, prompt à la chasser puis désireux de la retrouver, prêt à la détruire et languissant pour son amour. La plume de Clara Dupont-Monod est violente, inspirée au sens premier du terme tant elle fait jaillir le cri silencieux du roi pour qui il n’y a aucune issue. Elle donne à ce personnage secondaire de la littérature populaire l’étoffe d’un héros moderne, son envergure et sa complexité, désespéré d’être maitre d’un royaume mais qu’un autre règne sur sa femme, et l’on ne peut s’empêcher de maudire cette Yseut complètement absente à elle-même. Le mythe est renversé et en cela, le roman réussit parfaitement le pari qu’il prend.

La note de Mélu:

Note 5

 

Un angle original pour un roman très bien conçu.

challenge petit bac

catégorie “personne connue”