poil de carotteChez les Lepic, il y a grand frère Félix, Ernestine, et le petit dernier, qu’on a tellement surnommé Poil de Carotte que c’est à se demander si quelqu’un se rappelle son nom. Son père, il l’aime beaucoup, même s’il n’a pas le temps de s’occuper de lui. Il laisse cela à sa mère. Et sa mère… ne semble pas toujours faire grand cas de lui, pour le plus grand amusement de son frère et sa sœur. Il faut dire que Poil de Carotte n’a pas vraiment l’allure d’un garçon modèle. Pas très sage, pas très propre. C’est à lui qu’on confie les basses besognes: achever les bêtes ramenées de la chasse, nourrir les lapins. C’est lui qui a les pieds les plus sales, le plus de poux sur la tête. Ce n’est pas pour ce qu’on s’occupe de lui… Alors pour échapper à cette vie morne et aux corvées qu’on lui impose, il rêvasse. Puis réfléchit, apprend la ruse. Et lorsqu’on le renvoie au pensionnat, il lit.

J’avais déjà lu le roman de Jules Renard et il m’avait laissée sur une drôle d’impression. D’abord par sa construction: loin d’être un roman suivi, il est constitué de petites histoires indépendantes formant chacune un chapitre. Et dans beaucoup de ces chapitres, il est difficile de savoir le fin mot de l’histoire. Qui est vraiment Poil de Carotte? Un enfant mal aimé et maltraité? Un enfant un peu simplet, sale et marginal? Un génie qui incompris? C’est un peu tout cela à la fois. Lui qui craint énormément sa mère, on ne s’étonne pas de le voir se soumettre à n’aimer que ce qu’elle aime, à ne pas manger si elle n’a pas faim, et à faire semblant d’obéir lorsqu’elle lui ordonne de sortir dans le noir et le froid. On ne s’étonne pas non plus de le voir chercher l’affection de sa petite voisine, ou faire des bêtises qui feront renvoyer la pauvre bonne. On est plus surpris de le voir se faire avoir de bonne grâce par ses frère et sœur. J’ai été pour ma part plus touchée par les scènes de l’école, où dans un autre environnement, il ne trouve pas plus sa place, s’entaille la peau pour avoir des baisers et réclame des livres qui lui sont refusés. C’est le passage où l’on s’aperçoit du décalage entre Poil de carotte et sa famille, lui qui est capable d’écrire une lettre en vers sans même que son père s’en aperçoive. Personnage complexe, il mérite sa place parmi les indémodables de la littérature jeunesse. Ici, les illustrations d'Olivier Devaux rendent bien cette gravité à la fois réaliste, nostalgique et poétique, présentant un Poil de Carotte aux cheveux bien rouges, au regard énigmatique, aux couleurs sépias qui nous plonge dans un univers comtesse de Ségur dont on nous relaterait les malheurs d’une Sophie au masculin. Evidemment, comme souvent avec la collection Histoires Universelles de Tourbillon, je regrette que les illustrations soient trop rares. Elles ont une douceur, une chaleur une familiarité qui contraste efficacement avec la dureté qui entoure le protagoniste. Evidemment, j’adhère.

Quelques extraits pour vous convaincre:

    

Les images sont tirées du site internet de l’illustrateur. Retrouvez-les toutes en visitant ce site.

La note de Mélu:

Note 4

Un bémol pour le texte de Jules Renard dans lequel je n’entre pas toujours.

Un mot sur l’auteur: Jules Renard (1864-1910) est un écrivain français connu pour son cynisme, élu à l’Académie Française.

Un mot sur l’illustrateur: Olivier Desvaux est un illustrateur et surtout peintre travaillant pour ces albums à la peinture à huile.

Un immense merci aux éditions tourbillonpour m’avoir une fois encore fait confiance à propos de cette collection que je trouve juste sublime. Je vous invite d’ailleurs à découvrir les autres titres critiqués sur Ma Bouquinerie:

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catégorie “végétal”