Les éditions Le Livre de Poche se lancent dans une collection de versions abrégées des grands classiques de la littérature française, destinée aux jeunes adultes. De quoi aiguiser mon esprit critique! Alors quand Karine, du Forum Club de Lecture, propose quelques-uns de ces titres en partenariats, je n’ai pas résisté à la curiosité de voir ce qu’ils entendaient exactement par “abrégé”

le père goriotA Paris, dans la pension de Mme Vauquer, des locataires un peu miteux s’installent tous les jours autour de la table. Il y a entre autre Mme Couture, et sa pupille Victorine Taillefer, que son père refuse de reconnaître; le mystérieux Vautrin, qui se teint les favoris; et surtout le vieux père Goriot, qui n’a cessé de rogner sur la qualité de sa chambre depuis son arrivée, qui vit chichement alors que deux belles et riches dames viennent lui rendre visite. Lorsque le jeune étudiant Eugène de Rastignac débarque à Paris et rejoint la pension, il est émerveillé par la vie parisienne et compte sur Mme de Bauséant, une lointaine cousine, pour lui aider. Séduit par la jolie comtesse de Restaud, il lui rend visite maladroitement. Quelle n’est pas sa surprise d’y croiser le père Goriot! Il en demande des explications à la comtesse: le voici à la porte. Mme de Bauséant lui explique: la comtesse Anastasie de Restaud, tout comme la baronne Delphine de Nucingen, sont les deux filles de monsieur Goriot, qui a autrefois fait fortune au point de marier ses deux filles à de très bons partis. Mais ces deux-là n’ont de cesse de demander encore et encore de l’argent à leur père, qui se ruine petit à petit, le sourire aux lèvres, ravi de donner jusqu’à sa vie pour ses deux ingrates de filles. Sur ces révélations, elle lui conseille de se rapprocher de Delphine, l’autre fille, qui jalouse sa sœur, afin d’entrer dans le beau monde. Très vite, Rastignac tombe amoureux de la jolie baronne qui prétend aimer son père de tout son cœur, mais être désespérée par un mari qui lui refuse l’argent dont elle a besoin.

L’intrigue de ce roman, très riche, ne se laisse pas résumer aussi simplement. L’histoire du père Goriot accompagne les désillusions d’Eugène, désireux d’entrer dans la belle société parisienne et qui va en découvrir les dessous, la boue, les trahisons, les bassesses et les prendre en pleine figure. Et là où Goriot garde ses illusions jusqu’au bout (même si sa lucidité lui revient parfois, perçant entre les nuages de son amour inconditionnel), Rastignac lui, voit trop de choses pour rester cet étudiant plein d’idéaux et de vertus qu’il est en arrivant à Paris: des femmes qui se ruinent pour des amants volages, dépensiers, dont tout paris se moque parce que la liaison n’est un secret pour personne mais dont le mari doit absolument sauver les apparences, des assassinats fomentés pour rendre justice à d’innocentes réprouvées, un père qui n’a pas de quoi acheter son linceul parce que sa fille a une joli robe pour le bal. Le Père Goriot, c’est peut-être la dernière de ces grandes âmes capable de faire passer les vrais valeurs avant la mondanité, dans un XIXème siècle qui n’a plus grand chose de sacré. Autour de ce duo où l’on se demande lequel des deux s’élève et lequel sombre, gravitent des personnages secondaires tous plus convaincants les uns que les autres, qui suscitent tous des sentiments contradictoire, à la fois inquiétants et admirables, à la fois misérables et jalousés, à la fois frivoles et passionnés.
En bon réaliste, Balzac a donc a coeur de décrire cette société où le plus pauvre vaut mieux que le plus riche. Néanmoins, je ne suis pas très friande de son ton, trop égal, qui donne la même importance aux descriptions, aux commentaires, aux réflexions des personnages et aux sursauts de l’action, sans réellement les mettre en valeur. J’ai néanmoins eu le plaisir de voir que cette édition abrégée restait fidèle à ce ton et s’appliquait plutôt à couper franchement des passages un peu trop digressifs que beaucoup reprochent souvent à Balzac. Je souscris: plutôt que de sauter des pages, autant les enlever pour toucher un plus large public donc le mode de lecture et les goûts ont changé. Et au vu de la longueur de ma critique, cela n’a rien enlevé à la richesse et à la complexité de l’oeuvre. Par contre, j’ai eu le regret d’y trouver pas mal de coquilles, et dans l’objectif de modernisation, j’ai regretté aussi qu’on ne rétablisse pas la mise en page moderne et claire du dialogue par exemple, pour aérer un peu le texte. En revanche, chapeau pour la couverture, que je trouve superbe de sobriété et d’évocation.

La note de Mélu:

Note 4

 

Les bons côtés de Balzac sans les fameuses longueurs qui en découragent certains. Un grand merci à Karine et aux éditions le Livre de Poche.

Un mot sur l’auteur: Honoré de Balzac (1799-1850) est un auteur français connu pour La Comédie Humaine, son cycle romanesque. Ayant inventé le principe du retour des personnages d’un roman à l’autre, on peut le considérer comme l’inventeur du concept si à la mode aujourd’hui de la saga!

D’autres romans d’Honoré de Balzac sur Ma Bouquinerie:

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