Vous le savez, j’aime la peinture à sujet mythologique. Herbet James Draper (1863-1920) également. Voici Pleurs pour Icare.

Draper_Herbert_James_Mourning_for_Icarus

Rappelons le contexte. Dédale a construit le célèbre labyrinthe où le roi Minos a enfermé le minotaure. C’est aussi lui qui révèle à Ariane le moyen d’en sortir, et désavoue ainsi Minos. Pour le punir, celui-ci l’enferme donc dans le labyrinthe avec son fils. Pour s’échapper, Dédale conçoit deux paires d’ailes, fixées dans le dos avec de la cire. Il conseille donc à son fils de ne pas voler trop haut: trop près du soleil, la cire fondrait… Mais grisé par la sensation de liberté et de puissance dans son vol, Icare monte, monte… et finit par tomber dans la mer.

Ce qui est intéressant, c’est que le mythe s’arrête là et que le tableau représente un Icare déjà mort. Loin de l’enfant que l’on pouvait s’imaginer dans le mythe, Icare est ici représenté comme un beau jeune homme. Ce sont d’ailleurs de jolies nymphes, blondes et nues, qui le tirent de l’eau et qui jouent le rôle de pleureuses. Dans des couleurs rouges, celle du soleil couchant, comme si celui-ci s’éclipsait après avoir précisément puni l’orgueilleux qui a voulu voler trop près de lui, le tableau a tout d’un après-drame. Mais ce qui attire surtout mon attention, ce sont les ailes d’une taille phénoménales qui occupent toute la diagonale du tableau, et dont les plumes démesurées font d’Icare une créature chimérique à part entière, malgré les lanières de cuir, et dont la chute n’apparaît que plus tragique en comparaison de la majesté qu’il a pu avoir avant de tomber. Il ressemble d’ailleurs davantage à un ange déchu de l’iconographie chrétienne qu’à un personnage mythologique… D’ailleurs, cette position, sur le dos, bras en crois, mains liées, sur les genoux de celles qui le pleurent, n’est pas sans rappeler une descente de croix. Et oui, pour moi, ce tableau est un joli syncrétisme.

Qu’en pensez-vous?