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Elle est nouvelle au cours de violoncelle, cette petite fille. Particulièrement douée, mais elle joue comme si elle était très en colère. Lui, ce n’est pas mieux, son violoncelle fait “ouah ouah” comme un chien, quand il joue. Comme son chien, dont il ne se remet pas vraiment de la disparition. Elle lui propose alors de jouer du violoncelle, là, dans le parc, d’imiter le chant des oiseaux, ou le bruit du vent. Elle lui avoue qu’elle vient de Kôbe. En rentrant du parc, ils aperçoivent des étuis de violoncelles par centaines: des musiciens se rendent tous au concert de soutien aux victimes du séisme. “Je veux jouer avec eux!”

Le thème de cet album est grave: on retient le nom de Kôbe comme celui de la catastrophe, un des plus gros séismes que le Japon ait connu (magnitude 7,3). Publié en mai 2010, qui se serait douté que moins d’un an plus tard, l’histoire se répéterait à Fukushima? Le point de vue des deux enfants est plus que touchant: le premier n’est pas concerné par la catastrophe, mais vit un autre traumatisme à son échelle, avec la mort de son animal que le violoncelle est censé compenser. La petite fille reste pudique sur son histoire, mais sa colère a elle aussi a besoin d’être évacuée. Avec beaucoup de retenue mais sans hypocrisie, l’album évoque la nécessité de faire sortir la douleur, de la sublimer par la poésie et la musique. Grâce à un vieil homme et son violoncelle, les deux enfants apprennent à partager la souffrance pour l’exprimer et l’accepter dans une harmonie de mille violoncelles. J’ai tout simplement adoré cette histoire, et sa capacité à jongler entre la poésie onirique orientale et la réalité la plus dure et froide. Les dessins sont d’ailleurs à cette image: plus proche des aquarelles que des manga traditionnels, ils font la part belle aux fondus, aux images entremêlées, où quelques lignes et quelques taches de couleurs pastels créent un univers délicat, où l’on aperçoit un oiseau se muer en feuille d’arbre, un chien fidèle affleurer dans un instrument, un étui e violoncelle se confondre avec une silhouette humaine . L’irruption d’une photo des débris de Kôbé rend cette douceur plus fragile et plus précieuse encore, comme un papier de soie qui menace de se déchirer à tout instant.

La note de Mélu:

 Note 5

Un très bel album sur une histoire vraie et plus que jamais d’actualité.

Un mot sur l’auteur: Hideko Ise (née en 1949) est une auteure de littérature jeunesse japonaise. Violoncelliste, elle a elle-même participé au concert de soutien.

Un grand merci aux éditions pour m’avoir permis de découvrir ce très bel album.

Titre original: 1000 no kaze 1000 no chero (traduit du japonais)

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catégorie "sport/loisir"