lestat le vampireLestat est un vampire. Si vous ne saviez pas ce que c’est, il va tâcher de vous l’expliquer, en se prenant comme exemple. Mais vous devez bien le connaître: c’est une star du rock. Oh, pas depuis longtemps: il s’est réveillé récemment, après un sommeil de plus de cinquante ans. Désormais très connu, il prépare son premier concert, et vient de publier son autobiographie. Il faut dire qu’en se réveillant, il a appris que son ancien amant, Louis, a confié à un journaliste quelques épisodes de sa vie, publiés sous le titre Entretien avec un Vampire. Soucieux de donner sa propre version du vampirisme, il remonte donc à sa jeunesse. Ou plus précisément à l’époque où il était encore vivant, au XVIIème siècle, en France. Cadet d’une famille où il ne se reconnait pas, toujours en quête d’un amour et d’une intensité qu’il ne trouve pas, brimé dans son désir d’être acteur, il finit par fuir à Paris. C’est là que ce lumineux jeune homme qui captive les foules sur les planches attire l’attention d’un étrange personnage dont il lui semble entendre la voix dans sa tête.

Cette relecture a été un vrai délice, et je me suis rappelée pourquoi ce livre fait partie de mes préférés. Bon sang que j’aime Lestat! Cynique, insolent, désabusé, libre-penseur, ironique, ne recherchant que le plaisir et l’amour, un véritable libertin vampirique. Après une petite définition du vampire-type, on plonge en plein roman historique, dans le fief d’un marquis rural, où le cadet d’une famille ne peut espérer ni un héritage, ni une fonction haut placée et n’a que le droit d'être discret pour ne pas déshonorer la famille. Nous ferons la connaissance de Gabrielle de Lioncourt, la mère de Lestat, évanescente figure trop sensible, trop pure, condamnée à une condition féminine qui ne lui donne que le droit d’enfanter et de se taire, qui se réfugie dans les livres mais panse en secret les blessures de son fils.
Artiste dans l’âme, Lestat rêve d’être Lélio sur la scène de la commedia dell’arte, s’amourache de Nicolas le violoniste, court danser la nuit sur le bûcher des sorcières, incapable de décider si la beauté diabolique de l’art sème le Mal ou répand le Bien. Quelle n’est pas sa souffrance lorsque Magnus le choisit pour devenir un vampire et se suicide immédiatement après, le laissant seul découvrir ce qu’il est, trouver les autres vampires et déterminer s’il n’est plus qu’une incarnation du Mal! Désespéré à l’idée d’être seul, cherchant fiévreusement la compagnie des humains qu’il singe et imite en permanence alors qu’il n’en fait plus partie, Lestat est à la fois un personnage profondément touchant et absolument terrifiant, tant il peut à la fois agir par amour absolu, par désespoir absolu, voire par égoïsme absolu, et engendrer des monstres. L’horreur n’est pas dissimulée: le sang coule, les membres se disloquent, les corps brûlent, et pourtant l’écriture reste somptueuse, élégante, raffinée, frôlant parfois l’érotisme distingué des meilleurs décadents.
Les personnages sont tous plus versatiles et plus fascinants les uns que les autres, qu’il s’agisse d’Armand l’adolescent vampire à la tête d’un clan de bêtes soumises, Marius le Romain qui peint les humains pour mieux les admirer ou Ceux Qu’il Faut Garder, véritable mythe dont Lestat décide de percer les secrets. Une quête sur la nature vampirique: “qui sont-ils? où sont-ils? suis-je le seul? sommes-nous des démons? d’où venons-nous?” Voilà Lestat.

La note de Mélu: un coup de coeur!

coup de coeur 2

Toujours aussi bon!

Un mot sur l'auteure: après Entretien avec un Vampire, Anne Rice récidive avec le tome 2 de ses Chroniques des Vampires.

 

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