Lettre d'agatheLes lettres d’Agathe, elles sont adressées à sa mère. Une mère qui l’a eue seule: conçue au retour de guerre de son père, par un couple déjà quasiment mort. Son père partira avant sa naissance, et sa mère ne daignera même pas donner un prénom à cette enfant dont elle ne voulait pas. Commence alors une enfance en transparence: froideur voire rejet, réprimandes permanentes, incompréhension face à l’amour auquel ses frères ont droit et dont elle est privée, elle, la seule fille. Robes coupées dans des vieux vêtements données, tâches ménagères, interdiction de sortie, de lecture ou d’amusement… Agathe déverse son besoin d’amour et son mal-être d’enfant persuadée de n’être qu’une quantité méprisable.

Cette bande-dessinée m’a profondément touchée. Le quotidien de cette petite fille dont on nie jusqu’à l’existence m’a bouleversée et on commence par détester cette femme froide qui s’inscrit dans la lignée des mauvaises mères et n’est pas sans rappeler la célèbre Folcoche. On respire avec elle lorsqu’elle obtient, comme une éclaircie salvatrice, son départ de la famille. On cherche avec elle les raisons de cette relation si froide. Emotion, introspection, drame social, ce récit flirte avec tous ces genres. J’ai notamment apprécié les personnages secondaires et la manière dont ils sont brossés: le beau-père, qui tente de trouver une place réconfortante; le frère, qui protège sa petite soeur tant qu’il le peut; les amis, qui n’ont pas d’enfants et choient la petite fille. Mais surtout, ce personnage de mère si mystérieux, si difficile à comprendre, plein de complexité et qu’on finirait presque par plaindre, dans une époque où éduquer une fille est encore difficile à assumer. A la fois naïfs et sévères, les dessins nous plongent dans une atmosphère pesante qui oscille entre anxiété vétuste et libération moderne.

La note de Mélu:

Note 4

Une bande-dessinée troublante.

Un mot sur l'auteure: Nathalie Ferlut (née en 1968) est une auteure et dessinatrice française.

 

challenge petit bac

catégorie “objet”