sans même nous dire au revoirL’auteur: Kentarö Ueno (né en 1963) est un magaka japonais qui a habituellement un style plutôt humoristique.

Le livre: un homme, une femme, une petite fille. Une petite famille modeste. Il est mangaka, elle reste à la maison, car elle est un peu malade, dépressive. Et soudain, un jour, en descendant de l’atelier, il la trouve allongée face contre terre. Elle est décédée. Commence alors les jours d’après. Les médecins. L’enquête. L’autopsie. Les annonces à la famille. La crémation. Le tout avec une petite fille qui ne comprend pas forcément tout. Et ensuite, la vie sans. Le deuil, le lit froid, le monde qui continue de tourner comme s’il ne s’était rien passé alors que tout a basculé. Les souvenirs. Le manque.

Bouleversant, poignant, ce manga autobiographique se rapproche davantage du roman graphique. Froid et direct, le dessin employé colle parfaitement à cette ambiance à la fois banale et terriblement sinistre. Le coeur se serre de découvrir l’histoire de cette femme déjà si fragile, mais qui joue avec sa petite fille, qui aime son mari, et de la voir là, étendue par terre. C’est brutal, inattendu, on le prend comme un coup de poing dans la figure et lui aussi, mais il n’a pas le loisir de se laisser aller. Avec une froideur méthodique, il nous relate toutes les obligations mécaniques à remplir, son récit encore et encore des événements à la famille qui ne peut y croire. Et dès qu’il est seul, il laisse les images décrire cette solitude. Les grands espaces vides qui semblent se déliter, comme si l’image se déréglait, le grand lit vide, les cris silencieux, les visages qui se se fondent d’horreur, les taches noires qui envahissent la page, le tout évoquant un traumatisme sourd, qui ronge de l’intérieur de plus en plus violemment, mais impossible à laisser éclater parce qu’il y a la petite et parce qu’il y a le monde autour. Quiconque a vécu ou a vu vivre cette histoire ne peut qu’être abasourdi par la justesse et l’intensité de ce manga, qui est de plus un magnifique objet, avec une jaquette en relief.

La note de Mélu:

Note 5

Un manga époustouflant que Dje D’Ail m’a déjà volé. Un immense merci aux éditions Kana et à Babelio pour cette expérience marquante!

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Titre original: Sayonara mo Iwazuni (traduit du Japonais, sens de lecture original)