Sentiment26L’auteur: Gemma Malley (née en 1961) est une romancière britannique qui s’est fait connaître par sa trilogie La Déclaration.

Le livre: Evie, seize ans, est terrorisée par ses rêves. Non parce qu’ils sont terrifiants, mais parce qu’ils suscitent en elle des sentiments agréables. Or, dans la Cité, les sentiments sont interdits, car ils sont la source du mal. Chaque habitant a subi le Nouveau Baptême, l’ablation d’un amygdale qui permet de ne plus rien ressentir. Plus on est mesuré et maître de soi, plus la Cité nous admire, et l’on est étiqueté A, comme “Admirable”: c’est d’ailleurs l’étiquette de Lucas, le jeune homme qu’Evie est censé épouser prochaînement. Si jamais le Guide Suprême apprend ses pensées, elle risque de descendre de B à D, ou pire… Mais Evie n’y peut rien: elle est amoureuse. De Raffy, le frère de Lucas, et tous les soirs ils se retrouvent clandestinement. Et Raffy est déjà un C, déjà sur la mauvaise pente, et il n’a pas ses scrupules. Lorsqu’il est réétiqueté E et arrêté, la vie d’Evie risque fort de basculer.

Le résumé de cette dystopie m’a attirée par son système complexe et le monde qu’il propose. Et en effet, il est intéressant, et la manière dont il est conçu m’a beaucoup plu. Le système d’étiquette, qui évoque un peu les castes du Meilleur des mondes, et la surveillance voire la délation qu’il provoque, est à vous glacer le sang tant il est violent et profondément crédible. Comme le démontrait Todd Strasser dans La Vague, donnez aux gens la conviction qu’ils appartiennent à une élite et ils massacreront tous les inférieurs sans le moindre scrupule. Ainsi, Lucas au début du livre est un personnage particulièrement réussi, par son regard qui capte le moindre signe de sentiment, qui ne laisse rien paraître, qui est a même dénoncé et fait arrêter son propre père en constatant sa déviance. La volonté désespérée d’Evie de lutter contre ses sentiments pour s’intégrer, être une bonne citoyenne et une bonne personne est très touchante. Et si l’idée d’une société sans sentiments m’avait semblé au départ un peu niaise et facile, j’admets que l’auteur l’a plutôt bien exploitée. Cependant, j’ai regretté que le livre tombe dans tellement de facilités. D’abord Evie elle-même est bien creuse, bien prévisible, et son histoire d’amour manque vraiment d’intensité pour un amour soi-disant interdit et puni par le Système tout entier. Même Bella est plus passionnée. Ses relations conflictuelles avec sa mère sont d’un cliché assez décevant. Quand à Raffy, c’est à se demander ce qu’elle lui trouve tant il est capricieux et impulsif à la limite de la stupidité. On n’échappe bien sûr pas au traditionnel triangle amoureux. Et si on apprécie des révélations et retournement de situations plutôt bien menés, ils sont tous conçus de manière à ce que en fait tout le monde devient gentil et s’oppose au système qui est méchant. C’est donc globalement bien pensant, bien simpliste et pas trop exigeant, malgré un grand potentiel.

La note de Mélu:

Note 3

Une bonne approche de la dystopie pour les plus jeunes ou les néophytes du genre.

bannière 52 livres

45 / 52

Un grand merci à Camille des éditions michel lafon

Titre original : The Killables (traduit de l'Anglais)