37°2 le matinL’auteurPhilippe Djian (né en 1949) est un romancier français et un parolier à qui l’on doit notamment le Déjeuner en paix de Stéphane Eicher.

Le livre: Dans une petite station balnéaire désertée par les vacanciers, Betty débarque, valise à la main. Elle est belle, il en est dingue. Sauf que pour Betty, la vie doit se vivre à fond, être palpitante, la faire vibrer. Lui, ce qu’il veut, c’est surtout être tranquille et ne pas trop attendre de la vie. Mais ce qu’il veut avant tout, c’est Betty. Le sourire de Betty. Le bonheur de Betty. Et lorsqu’elle découvre qu’il a noirci des pages et des pages, qu’elle trouve ce qu’il écrit passionnant, elle décide qu’il est le meilleur. Qu’elle l’admire, et que tout le monde doit l’admirer aussi. Elle entreprend de taper le manuscrit, et de l’envoyer aux éditeurs. Mais les refus se succèdent, le rêve tarde à se réaliser, et en attendant, il faut se loger et manger. Le propriétaire de la station qui le loge gracieusement contre des menus travaux décide que la fille ne doit pas habiter à l’oeil et n’hésite pas à en profiter. Alors pendant que Betty court les éditeurs, il travaille d’arrache-pied pour qu’elle soit tranquille. Mais il semblerait que quels que soient leurs rêves et leurs efforts, rien ne semble vouloir bien tourner pour eux.

Accrochez-vous, ça décoiffe! Betty, c’est une tornade de sensualité, d’imprévisibilité, d’obstination et d’idéalisme. Elle veut que ça bouge, elle sait que les choses peuvent avoir de l’intensité, et elle fait tout pour, et surtout tout pour punir ceux qui lui mettrait des bâtons dans les roues, ceux qui exploitent les autres, ceux qui manquent de respects aux petites gens qui se démènent avec ce qu’ils ont. Elle est à claquer, elle est à secouer, elle est à ramener sur terre et pourtant, j’ai été profondément touchée par cette fille qui veut juste du soleil, du rêve, de l’amour, de la fierté, la belle vie. Et qui n’hésite pas à vandaliser, à mettre le feu, à frapper, dès que quelqu’un se met en travers de sa route ou envisage même de la prendre pour la moins que rien qu’elle ne veut surtout pas, surtout plus être. Quant au narrateur de l’histoire, lui, on a carrément envie de lui poser une main compatissante sur l’épaule. Lui qui ne veut que boire sa bière tranquillement devant son bungalow se retrouve à trimer comme un fou, à essayer de comprendre une Betty lunatique et insaisissable, à se mettre en quatre pour lui décrocher un sourire, à se détruire pour la rendre heureuse et pour être heureux avec elle. Tout lui retombe sur le coin de la figure. J’ai été soufflée par ce mélange du prosaïsme le plus bas, jusque dans le style, jusque dans le langage, et ce désir d’idéal, absolu pour Betty, limité à Betty pour lui. Car ce qui est touchant dans ces personnages, c’est que aussi insupportables soient-ils, aussi médiocres soient-ils, aussi fous soient-ils, ils sont absolus, ils sont admirables par leur volonté même de chercher le bonheur, et pathétiques dans leur incapacité à accorder leur notion du bonheur. Bref, c’est un régal, on les suit jusqu’au bout avec avidité.

La note de Mélu:

Note 5

Un roman poignant, qui mélange adroitement médiocrité et poésie.

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Challenge La littérature fait son cinéma 3e catégorie37_degres_2_le_matin_0