les larmes rougesL’auteur: Georgia Caldera (née en 1982) est une auteure et illustratrice française qui développe un univers gothique, élégant et sombre. Pour la découvrir, je vous recommande son (très beau) site internet.

Le livre: Cornélia a dix-neuf ans, est seule, a vu mourir sa mère, puis sa meilleure amie, est détestée par son père… Voilà pourquoi elle se retrouve sur un pont, sur le point de sauter. Une voix dans sa tête achève de la convaincre qu’elle ne manquera à personne. Elle saute… et se réveille dans un lit d’hôpital. Son père, bouleversé par l’événement, lui apprend qu’elle a été sauvée par un inconnu, et décide de l’emmener dans une maison de campagne pour qu’elle se repose. Mais Cornélia ne comprend pas pourquoi, si elle a voulu se tuer en sautant d’un pont, ses poignets meurtris sont couverts de pansements… Elle est alors assaillie d’étranges visions et de cauchemars terrifiants. Est-elle en train de devenir folle? Les cicatrices sur sa peau sont pourtant bien réelles. C’est alors que Cornélia apprend que le château qu’elle aperçoit depuis sa fenêtre est justement occupé par l’homme qui lui sauvé la vie à Paris. Mais celui-ci souffre d’une réputation terrible: les villageois en ont peur et le soupçonnent d’être mêlé à plusieurs affaires de disparition. 

Oh que j’ai aimé ce roman! Il sait dès le départ nous plonger dans un environnement certes morbides, mais surtout profondément inquiétant, parce qu’il confronte une héroïne visiblement fragile et perturbée, avec ses hallucinations, à des blessures et des manifestations bien tangibles que même les médecins attestent. Alors, est-elle folle ou est-elle réellement harcelée par une présence invisible? Et voilà un fantastique qui fonctionne à merveille: les draps sont bien tâchés de sang, les murs sont bien couverts d’inscriptions menaçantes, ses cicatrices réapparaissent indubitablement, et pourtant, elle est inévitablement seule dans la pièce. La montée de l’angoisse est certaine, et l’on n’a de cesse de savoir le fin mot de l’histoire. Mais ne soyez pas trop pressés. On pourrait croire l’avoir trouvé lorsque Cornélia fait la connaissance de son étrange voisin, Henri de Matlombes, avec son gros chien noir, ses cheveux longs et ses chemises à jabot. Si celui-ci lui apprend assez vite qu’il est un vampire, cela ne résout rien les terrifiantes hallucinations qui mettent en scène sa mère disparue ou son père éventré, mais provoque toute une série de rêves d’une précision étonnante se déroulant dans un passé lointain où elle est à la fois elle-même et une autre et où Henri est un protecteur aimant et dévoué. A partir de là, ce n’est pas une, mais deux histoires qui nous sont racontées, avec un autre Henri et une autre Cornélia, à la fois très proche de ceux du roman et pourtant complètement différents, et c’est avec plaisir et inquiétude que l’on essaye de comprendre comment ces deux réalités sont liées.
Bref, ce roman ne cède à aucune facilité superficielle du genre: ce n’est pas une romance, ce n’est pas une tragédie amoureuse, ce n’est pas une histoire d’horreur, c’est tout cela à la fois et plus encore, tant les personnages et l’intrigue sont complexes. Chaque personnage, chaque élément joue un petit rôle dans un tout qui se met en place très progressivement et avec une cohérence remarquable. Même le thème du vampire n’est qu’une pièce d’une intrigue bien plus large et plus approfondie. Très bien construit, ce roman est aussi très bien écrit, la langue est soignée et habile en faisant preuve d’un second degré très appréciable face à un thème aussi éculé ces derniers temps (ainsi Cornélia disserte volontiers sur l’évolution des vêtements et des voitures d’Henri au fil des époques). Mais son gros point fort reste la manière dont il jongle entre une élégance raffinée digne d’un grand bal romantique et une horreur pure provoquée par des images tantôt très dérangeantes, tantôt insoutenables. On baigne dans le sang au sens propre, et les vampires ne se contentent pas de mordre, mais appliquent des tortures d’un raffinement et d’une cruauté effroyables. Des mots gravés dans la chair, des messages qui apparaissent sur tous les murs de votre chambre pendant la nuit, un vampire au repos dans un cercueil plein de sang et de pourriture… Georgia Caldera sait trouver des images chocs qui vont hanter vos nuits. J’en redemande!

La Note de Mélu: coup de coeur!

coup de coeur 2

Une élégance morbide absolument délectable!

 

logo_3_questionsMélu: Bien que mettant en scène des vampires et une histoire d’amour, « Les Larmes Rouges » est bien plus sombre que la plupart des romances fantastiques que l’on trouve actuellement, bien plus inquiétant aussi. Qu’est-ce qui t'attire particulièrement dans ce thème ?
Georgia Caldera: Eh bien, avec ce premier roman, j’avais à cœur de replacer le vampire dans un contexte d’épouvante, car, justement, ce qui m’attire dans cette thématique, c’est son côté sombre. Je ne les conçois vraiment pas comme des supers héros. Pour moi, ils sont des êtres maudits. Certains sont déchirés entre leurs besoins et leurs consciences et vivent un véritable calvaire, tandis que d’autres ont appris à ne plus avoir d’états d’âme, cependant tous sont des prédateurs et incarnent le danger.
  Cela dit, je n’avais pas envie pour autant de laisser la romance de côté, c’est d’ailleurs le moteur de l’histoire. J’ai choisi de l’amener de cette manière parce que j’ai toujours aimé les contrastes et les contradictions. J’aime lorsque l’horreur frise l’élégance, lorsque le macabre flirte avec le romantisme… Je m’étais lancée comme défi de rendre attachant mon personnage masculin principal, et ce, bien qu’il soit un vampire pur et dur avec toute la part de ténèbres que cette condition lui confère. J’espère avoir réussi… 


Mélu: Si on apprend assez vite qu’Henri est un vampire, l’histoire et le caractère de ce personnage sont dévoilés au compte-goutte. Pourquoi tant de mystères autour de lui ?

Georgia Caldera: Parce que, dans un premier temps, il fallait présenter correctement mon héroïne, Cornélia. Je voulais d’abord que l’on sache qui elle était. Ensuite, je souhaitais amener le lecteur, tout comme Cornélia, à se poser tout un tas de questions sur son compte, à le craindre, à douter de lui, puis, enfin, à l’apprécier. C’était très difficile de faire durer le suspens le concernant, et de ne pas le mettre trop en avant dès le début ! J’aurais aimé qu’il apparaisse dès les premières pages, mais, après avoir bien réfléchi, j’ai trouvé cette retenue plus intéressante.


Mélu: Tu as signé également la couverture de ce livre, et toutes ses illustrations qui sont disponibles dans un art book. Est-ce particulièrement important pour toi de combiner ton travail graphique et ton travail littéraire ?

Georgia Caldera: En fait, c’est parti d’un besoin. J’écrivais, je devais en être au chapitre 4, ou 5, je ne sais plus, et puis il a fallu que je mette sur papier le portrait des personnages. Au début, cela ne devait être qu’une aide pour l’inspiration, et puis, petit à petit, c’est devenu un réflexe. Au fur et à mesure, j’ai présenté les images sur le net, et ça a trouvé progressivement son public. A présent, je ne conçois plus Les Larmes Rouges sans.
Merci Mélusine pour ces quelques questions ^^

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Un immense merci à Georgia Caldera pour sa disponibilité et sa dédicace! Plus d'infos sur le site des Larmes Rouges !

 

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