moi_la_putain_de_rembrandtL'auteur: Sylvie Matton a d'abord été journaliste, puis actrice, elle rencontre son mari Charles Matton et devient scénariste de film et romancière.

Le livre: elle vient d'être embauchée comme servante chez Rembrandt, un des peintres les plus en vogue de Hollande. Très vite, elle devient sa maîtresse. Autour d'elle flotte encore l'ombre de Saskia, la première femme adorée du peintre. Geertje, la servante fidèle qui s'occupe du petit Titus depuis tout petit, voit d'un très mauvais oeil Rembrandt se détourner d'elle après avoir promis le mariage. Un procès s'ensuit. Car la loi morale et religieuse de Hollande est claire: elle vit comme une putain auprès du peintre, et nombreux sont ceux qui s'acharnent à le prouver, afin de la faire excommunier, renvoyer, disparaître.

Difficile pour moi de parler de ce roman. L'histoire m'a beaucoup émue. Elle m'a rappelé celle de La Jeune Fille à la perle, en moins romanesque et moins gniagnian. J'ai été touchée par l'histoire de cette servante, si banale au demeurant. L'héroïne semble d'ailleurs glisser sur les événements sans vraiment comprendre ce que sa vie a de si exceptionnelle pour que tant de monde s'y intéresse. La langue est d'ailleurs fuctuante, fuyante, difficile à fixer, tantôt adressée directement au peintre, tantôt parlant de lui à la troisième personne, avec des phrases parfois minimaliste. Son amour pour le peintre est inconditionnel, elle accepte avec humilité et douceur l'ombre de la première épouse, elle prend sous son aile le petit Titus, elle se considère comme son épouse à part entière. Et tout s'acharne à lui pourrir la vie: l'autre servante, qui n'accepte pas que Rembrandt ne puisse pas se remarier; l'Eglise, qui la convoque pour venir rendre compte de ses actes de putain devant un tribunal. En fait, ce qui m'a plu, c'est l'étonnante modernité de ce personnage, ce couple, issu pourtant d'une situation on ne peut plus archaïque. Mélange de prosaïsme et de poésie également, lorsque Rembrandt demande à sa servante de servir à manger aux peintres en travail, mais fera d'elle un de ses modèles dans des poses des plus gracieuses. C'est elle qui sert de modèle pour Bethsabée recevant la lettre de David:

Rembrandt_Harmensz

Par ailleurs, le travail de l'artiste reste très secondaire dans ce livre, si ce n'est dans son aspect social: commandes, mécénat, dépendance financière... Par contre, on aura plaisir à reconnaître dans les épisodes racontés les oeuvres les plus fameuses de Rembrandt, comme sa visite d'un abattoir et sa fascination pour les bêtes écorchés (il en ramène même une à la maison), ou encore la mise en scène médiatique de la dissection d'un cadavre par le célèbre docteur Tulp.

La Note de Mélu:

Note_4

Une lecture un peu exigeante mais fascinante.

Et un titre pour la catégorie "Gros Mots":

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