parasites_artificielsL'auteur: Gordon Zola a déjà fait irruption sur Ma Bouquinerie avec son roman Qui veut la peau de Marc Lévy?

Le livre: Des libraires visés par un tueur en série? Et oui, le marionnettiste qui laisse sa marque au cirage noir sur ses victimes a décidé de frapper encore. Une enquête pour le commissaire Suitaume, ça! Mais lorsqu'une boutique explose juste à côté de lui, il commence à se demander si on ne cherche pas à attirer son attention. Alors il va suivre la piste: d'une page arrachée au seul livre miraculeusement sauvé d'un incendie, un véritable jeu de piste livresque va l'emporter jusque sur les plateaux de télévision littéraires les plus huppés.

Encore un régal pour les zygomatiques! Véritable enquête policière qui vous entraîne au quatre coins du monde à la recherche de membres de sectes obscures et de tueurs internationaux, ce livre tient parfaitement la route en tant que polar (si tant est que la pourfendeuses de policiers que je suis puisse en juger). Mais là où il est surtout brillant, c'est par la cocasserie avec laquelle il malmène personnages, personalités et lecteurs sans jamais se départir de son flegme, de son assurance et de son intrigue! On verra ainsi le digne commissaire Suitaume se promener les fesses à l'air après une superbe évasion de l'hôpital (aviez-vous oublié le confort et l'élégance des tenues des malades?), être consciencieusement tabassé par erreur par des collègues ou se perdre dans des fantasmes de viking chevelus. Mais j'ai aussi eu un coup au coeur lors de la terrible annonce de la mort de la sublime, intègre et indispensable Purdey Prune (non, plus de Purdey? Non?! Intouchable Purdey!) François Busnel, animateur de La Grande Librairie, aura droit à son lot de frayeurs et on croisera aussi un certain Gordon Zola qui nous racontera au travers d'extraits des quelques vingt tomes de ses Mémoires comment sa volonté de dérider la littérature lui a valu la haine tenace d'un héritier aigri. Au passage, l'auteur s'amuse à se moquer ouvertement de son lecteur, à commenter son texte en invitant toujours au second degré, des fois que vous y auriez échappé... "C'est énervant, hein? Ça gratte sous le poil, pas vrai? J'aime bien énerver le lecteur. Ça lui évite de se ramollir... ça le réveille... Oui, oui, c'est à vous que je parle."

La note de Mélu

Note_5

 

logo_3_questions

Mélu: Les Parasites artificiels est certes un livre humoristique mais aussi un véritable roman policier. Pourquoi avoir choisi d’appliquer votre patte humoristique au genre policier en particulier?

Gordon Zola: Cette “patte” peut s’appliquer à différents genre littéraire... C’est d’autant plus vrai qu’à côté de ces thrillers humoristiques cohabitent des romans parodiques ou des romans historico-déconnants comme “Fais gaffe à ta Gaule!” ou “Un Manchot pour l’Empereur”.
Il s’agit d’une littérature de genre au style très affirmé. Le public de roman policier, de fantasy voire de bandes dessinées se trouve sans doute plus en adéquation avec ces déconnades que les lecteurs de littérature blanche.
Cela dit, sans vouloir faire des catégories de lecteurs, le système du monde livre en France a une fâcheuse tendance à cloisonner les genres...
Difficile de faire exister “Les Absinthes ont toujours tort”, “Le camembert Chabot” ou “L’air français de la gare” sur la même tête de gondole que le dernier prix Goncourt.
Le mal français est peut-être celui de se prendre trop au sérieux.
Un libraire m’a dit un jour que la littérature était avant tout de l’émotion et que je ne pouvais pas, par conséquent, accéder à ce nirvana, prétendre des choses... Chacun sachant que le rire n’est pas une émotion !

Mélu: Votre style repose sur des jeux de mots et un humour assez lourd mais aussi sur une culture riche et des références subtiles. N’avez-vous pas peur d’en faire trop et qu’attendez-vous de votre « lecteur idéal » ?

Gordon Zola: Je récuse l’humour “assez lourd”... Qu’est-ce que cela veut dire ? Lourd par rapport à quelle légèreté ? Quelle est la grille de jugement de valeur ? Lors d’une séance de dédicace, un homme se gondolait devant mes titres en disant :”C’est vraiment des jeux de mots à deux balles... J’adore!” Et il achète la collection complète !!! Ca fait cher pour des gags à deux balles,  non ?... Il y a le jeu de mots qui marche et celui qui ne marche pas, seul ce dernier est à deux balles.
C’est juste une posture... On s’interdit de penser qu’une réplique calembourdine est peut-être un trait esprit pas si bête...
Je revendique ! J’adore user et m’amuser des mots...
Je ne crois pas au lecteur idéal et je ne cible personne en particulier... J’ai la simple ambition de faire rire et celle moins modeste d’essayer d’innover certaines choses. Je pense que l’écriture est une construction, une réflexion, d’abord stylistique, ensuite le fond se greffe et en dernier lieu, l’histoire. Je crois que l’intérêt pour un auteur, c’est de ne pas pouvoir être copié parce que son style se trouve être le creuset d’une culture, d’une vie, d’une imagination et d’une construction.
S’intéresser à l’histoire en premier lieu revient à confondre le conte avec le roman... Nous avons aujourd’hui dans les Lettres françaises, plus de conteurs que de romanciers.
Quant à craindre d’en faire trop, je dirais seulement que tellement d’auteurs n’en font pas assez que cela fait une moyenne.

Mélu: Après les parodies avec « Les Aventures de San-Tin et de son ami Lou » et le policier avec le commissaire Suitaume, avez-vous d’autres domaines qui vous tentent ?

Gordon Zola: Oui. Le roman historico-déconnant que j’évoquais est un boulevard très intéressant. Je travaille actuellement sur un roman sur l’Affaire Dreyfus qui est perçue par un alcoolique... Cela s’appelle : J’ECLUSE, de Zola. Le point de vue éthylique de l’affaire... Du jamais bu ! Du jamais vu, pardon. Cela permet de revisiter l’histoire avec humour et d’avancer des nouvelles théories intéressantes. Cela demande de la documentation et des bonnes références... On pourrait imaginer “le Cathare enchaîné” ou “Le vaseux de Soisson”.
J’aimerais ensuite m’atteler à une “nouvelle comédie humaine”, en toute simplicité bien sûr... Une cinquantaine de romans comiques égrenant tous les travers de la société contemporaine avec des personnages récurrents... Avec un style vachardement décalé, of course.

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Un grand merci à Gordon Zola pour sa dédicace et pour avoir pris le temps de répondre à mes questions!