memoriaL'auteur: Laurent Genefort (né en 1968) est un auteur français de science-fiction très prolifique. Un site internet est consacré à son univers.

Le livre: pour éliminer un concurrent, une grande compagnie a engagé un tueur à gages un peu particulier. Sa méthode: voler des corps, insérer sa conscience dans le cerveau d'un proche de sa victime, afin de l'approcher sans éveiller les soupçons, le tout grâce à une machine unique dans l'univers qui permet de copier et coller les consciences et même de prélever les souvenirs dans des petites capsules. Cela fait tellement longtemps qu'il saute de corps en corps qu'il a oublié qui il était, à l'origine. Mais de temps en temps tout se rappelle à lui, des souvenirs remontent, dont il ignore auquel de ses hôtes ils ont appartenus. Des crises violentes, de plus en plus rapprochées.

Une science-fiction pure, celle qui crée un univers complexe et parfaitement cohérent et qui nous y plonge, sans pour autant que cet exotisme nous empêche de suivre le drame vécu par le protagoniste, en voilà un beau représentant. Evidemment, je n'ai pas tout assimilé des complexités géographiques, politiques et sociales de ce monde, et pourtant, ça ne m'a pas gênée pour être happée par l'histoire. L'émerveillement était bien là, devant ces Portes de Vangk, d'origine encore inexpliquée mais qui permettent de relier un point de l'espace à un autre de manière instantanée. Il était encore là devant la société sectaire et féodale de Ramanouri, où toutes les relations sociales sont régies par des codes très strictes et où l'appartenance à une famille noble ancienne définit l'individu en profondeur. Il était surtout là devant tous les petits détails qui rendent un monde futuriste aussi fascinant: les patchs anesthésiants, les voitures qui fonctionnent à l'herbe, les nano-armes directement greffées dans le bras ou la fascination respecteuse que provoque un chêne centenaire...
Mais ce qui tient surtout le lecteur, c'est le protagoniste: construit à partir des multiples identités qu'il emprunte, il est à la fois intrigant parce qu'il n'est personne, et très touchant par ses efforts pour remplir son rôle correctement et ne pas se laisser submerger par les souvenirs vertigineux qui remontent. On le verra tour à tour médecin, notable père de famille, rebelle en fuite oppressé, le tout lancé dans une course contre la montre pour accomplir ses dernières missions avant que la spirale des incarnations à répétitions ne finisse par le détruire, comme il s'y attend, non sans avoir pris la peine d'exhumer de ses souvenirs sa véritable identité...

La Note de Mélu:

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Un très bon moment de lecture.

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Mélu: Vous avez créé un univers complet mais complexe : comment le présenteriez-vous à ceux qui n’osent pas en franchir les portes ?

Laurent Genefort: C'est un univers que je développe depuis une vingtaine d'années à travers des romans de space opera indépendants les uns des autres. Concrètement, cet univers se fonde sur l'existence d'un réseau de trous de ver orbitaux d'origine extraterrestre, les Portes de Vangk, qui a permis à l'humanité de s'étendre à travers la Galaxie. Les Vangk ont disparu, et les Portes demeurent essentiellement mystérieuses. Au nombre de vingt mille environ, elles ouvrent sur des planètes vierges, des champs d'astéroïdes, etc.
D'un point de vue littéraire, cette structure ouverte permet d'écrire des histoires très différentes les unes des autres : des sortes de polars comme Mémoria, de purs romans d'aventure comme Le Sang des immortels, des huis-clos plus introspectifs comme L'Homme qui n'existait plus, des vengeances cosmiques comme La Mécanique du talion...

Mélu: Mémoire et identité sont les deux grandes problématiques de ce roman. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ces thèmes ? 

Laurent Genefort: Déjà, le fait de réunir ces deux thèmes en un seul : nous avons tendance à nous définir par le côté personnel de nos souvenirs. Le désir d'écrire Mémoria a été déclenché par la numérisation de certains films de ma famille et de celle de ma compagne. Je me suis rendu compte à quel point ces films étaient semblables : les mêmes images de plage, de vacances, d'anniversaire... des scènes qui nous semblent très personnelles mais que finalement tout le monde partage. Chaque génération culturelle écoute et regarde les mêmes choses. Du coup, qu'est-ce qui relève du pur individu dans l'expérience sensible ? qu'est-ce qui nous distingue du voisin, si ce n'est les souvenirs ? Le personnage de Mémoria, qui collecte les souvenirs des hôtes dont il parasite le cerveau au point qu'il a perdu le souvenir de sa personnalité originelle, symbolise cette question de la mémoire et de l'identité.

Mélu: La nouvelle proposée avec le roman dans cette édition Folio reprend une aventure sur le même thème, avec le même personnage, qui aurait pu figurer comme épisode du roman. En aviez-vous prévu d’autres et pourquoi avoir choisi les trois épisodes qui figurent dans Memoria ?

Laurent Genefort: En général, je ne reviens pas sur mes personnages, hormis Jarid Moray qui a été le héros de deux romans.
Le choix des trois épisodes a plutôt relevé de l'inspiration. Mais je cherche toujours à varier d'environnement, de sorte que mon héros (ici un tueur à gages) doive s'adapter. Dans le premier épisode, celui-ci se trouve sur une planète mafieuse. Dans le deuxième épisode, il est plus difficile de passer inaperçu pour le héros, qui se trouve confronté à une société de castes extrêmement rigide. Alors que dans le dernier épisode, la situation est celle d'une épuration ethnique de type serbe ; c'est le chaos qui domine.
Pour le héros de Mémoria, l'idée de ce vampire psychique passant de corps en corps était porteuse de petites idées sympas, aussi me suis-je laissé tenter par l'écriture de La Nuit des pétales, qui est une sorte de spin-off.
Cela dit, je dois avouer que je suis plus à l'aise dans le roman que dans le format nouvelle, c'est pourquoi ma production n'est pas énorme de ce côté-là, et qu'il est peu probable que je revienne sur le héros de Mémoria.

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Un grand merci à Laurent Genefort pour avoir accepté de répondre à mes questions!

Un grand merci à Karine du forum logo_club_de_lecture et les éditions folio_SF pour ce partenariat.