Essai_couv17_V9L'auteur: Karine Carville se décrit comme une "écriveronne". Pour mieux la connaître, rendez-vous sur son blog!

Le livre: Le commissaire Somme est bien dépassé. Des braqueurs particulièrement efficaces dévalisent les bijouteries parisiennes. Signes particuliers: ils sont trois, dont deux femmes outrageusement maquillées, laissent des cadavres inutiles sur leur passage et sont beaucoup trop rapides pour permettre la moindre reconstitution fidèle de leurs forfaits. Rien ne s'arrange lorsqu'on lui impose un nouveau lieutenant, l'étrange Esteb Dupont. Très bien informé sur cette affaire et sur les criminels en question, il semble cacher beaucoup de choses derrière les lunettes noires qu'il n'enlève jamais. Trop séduisant, il en devient effrayant. Pour couronner le tout, la belle-soeur du commissaire, Sarah, est une journaliste lancée sur l'affaire, décidée à en avoir l'exclusivité, quitte à serrer les braqueurs (et Esteb lui-même) d'un peu trop près.

Ce roman n'a pas fini de me surprendre. L'étiquette "polar" aurait pu m'arrêter et j'ai bien fait de l'ouvrir avec un a priori peu engageant: je n'ai eu que des bonnes surprises. La première concerne la plume de l'auteur: à la fois très soignée et très fluide, elle nous plonge immédiatement dans un univers froid et réaliste, celui de Somme, un commissaire réputé pour son flegme à toute épreuve. Je n'ai pas spécialement accroché à ce personnage, mais je pense que ce n'était pas le but: il est un contrepoint terre-à-terre à tous les autres. D'abord à Sarah, sa belle-soeur, rousse volcanique et passionnée, à qui son image d'ado rebelle colle à la peau et qui peine à être prise au sérieux comme adulte et comme journaliste, se faisant perpétuellement doubler par ses concurrents. Très attachante malgré son rôle un peu cliché, elle m'a beaucoup plue. Mais surtout, le calme de Somme va être mis à rude épreuve par Esteb, cynique et supérieur, avec tout son attirail de bad boy (jusqu'à la moto grosse cylindrée). Et c'est avec ce mystérieux personnage, qui traîne dans des bars très étranges, qui exerce sur ceux qui l'entourent une influence à la limite de l'hypnose, dont les yeux ont une anormale teinte rougeâtre, que le fantastique va s'insinuer peu à peu dans cette histoire là où on ne l'attendait pas du tout. Mais un fantastique noir, sombre et froid comme l'univers de malfrats dans lequel cette histoire se passe, et où Esteb joue double jeu: côté concret policier ou côté mystère dangereux? Et c'est la dernière bonne surprise: Karine Carville excelle à dépeindre un univers gothique et noir mais étonnamment moderne, avec des créatures à la fois ancrées dans l'imaginaire et dans le bitume. Et j'adhère complètement.
A ce titre, la fin du roman m'a presque parue trop plate, même si elle laisse bien comprendre que l'histoire ne s'arrête pas là, mais j'aurai aimé une dernière surprise pour ponctuer cette lecture prenante à tous niveaux.

La note de Mélu:

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Mélu: Votre roman oscille entre le policier et le fantastique, pourquoi avoir opté pour ce « mélange » ?

Karine Carville: Je ne suis pas attirée par un genre particulier. J'ai dans la tête une histoire, des personnages, des ambiances et une furieuse envie de mettre tout cela par écrit... Alors j'écris ! Ensuite, on essaye de faire rentrer mon roman dans un genre, et bien des fois cela ne fonctionne pas ! Typiquement, Esteb mêle polar et fantastique... Dans mon dernier ouvrage, un recueil de nouvelles intitulé "La vieille dame, le Rien... et les autres", j'emmène mes lecteurs dans des genres très différents : polar, fantastique, sentiments, tranche de vie, fantasy...
Je crois, pour le moment, que le seul genre que j'aurais du mal à coucher sur papier serait la science-fiction (pure et dure, celle qui se déroule dans l'espace, sur une autre planète)... Mais comme je dis depuis longtemps : je suis une écriveronne car, tout comme c'est en forgeant que l'on devient forgeron, c'est en écrivant... Alors comment savoir si un jour je ne me lancerai pas dans ce genre-là aussi ?

Mélu: Un de vos romans a été édité, mais vous choisissez l’auto-édition pour Esteb.  Pourquoi ce choix ?

Karine Carville: C'est un choix qui s'impose facilement dans le contexte actuel mais qu'il faut pouvoir assumer. J'ai depuis deux ans la chance d'avoir autour de moi des passionnés et des professionnels de l'édition qui suivent mon travail et m'épaulent. Pour autant, alors que mon roman sentimental a trouvé un éditeur spécialisé dans ce genre (Amorosa), Esteb n'a pas suivi cette voie.
D'abord parce que les éditeurs contactés n'en ont pas voulu, et cela je ne le cache pas car les chances de trouver un éditeur aujourd'hui sont minces. De plus je n'ai pas reçu de lettres décourageantes, bien au contraire ! Mais après avoir discuté avec d'autres auteurs (édités ou pas) il ressort que les éditeurs, en pleine crise, misent sur le médiatique. Or j'ai deux gros défauts : je ne suis pas un "people" et n'ai pas un côté "particulier" qui pourrait être médiatisé.
Ensuite, si Esteb sort en auto-édition, c'est aussi parce que l'équipe de Mots et cris qui s'est montée autour de moi a de réelles compétences pour mener à bien un tel projet et proposer aux lecteurs un livre de qualité comparable à un livre sorti chez un éditeur lambda (si si, j'ose le dire, certains éditeurs nous ayant déjà félicité pour notre travail de maquettage !).
Certes, l'auto-édition ne permet pas au livre d'être vendu à des dizaines de milliers d'exemplaires car je n'ai pas la force de distribution et de promotion d'un éditeur classique, mais si la chance est avec nous et que le livre plaît on peut tout de même compter sur le bouche à oreille des lecteurs pour faire décoller les ventes...

 

Mélu: Aura-t-on le plaisir de retrouver Esteb dans une suite ?

Karine Carville: Oui, c'est en cours... Et la suite n'aura pas lieu à Paris mais dans un univers un peu plus magique afin, cette fois-ci, de faire la part belle à cet Autre Monde que les lecteurs auront effleuré du bout du doigt dans le premier tome... Tout ça sur fond de polar, comme pour le premier opus !

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Un immense merci à l'auteur Karine Carville qui m'a fait le grand plaisir de me proposer ce roman en avant-première, et pour avoir pris le temps de répondre à mes questions. Sortie prévue pour novembre 2011, mais en attendant, découvrez ici la bande-annonce du roman, ou encore ici la quatrième de couverture.

Et pour le découvrir plus en détail, le bon de commande est ici!