borgiaL'auteur: Tom Fontana (né en 1951) est un producteur et scénariste américain. Il collabore à la création originale Borgia de Canal +, diffusée à partir du 10 octobre (donc aujourd'hui!!!). Pour l'occasion, il publie le roman correspondant à cette saga.

Le livre: Nous sommes en 1492. Le pape Innocent VIII est mourant et les cardinaux se regardent de travers, chacun brigant le Saint-Siège. Parmi eux, Rodrigo Borgia, assoiffé d'ambition, décidé à asseoir son pouvoir sur l'Europe, voire sur le monde. Mais autour de lui évoluent les preuves de son impiété. Vanozza Cattanei, son ancienne maîtresse, veille sur les quatre enfants qu'elle lui a donné: Cesare, Juan, Lucrezia et le petit Geoffredo. Le cardinal Borgia les fait passer pour ses neveux et nièces. Cesare, déjà prêtre, et Juan fréquentent assidûment les tavernes et les prostituées, la jeune Lucrezia attend qu'on lui propose un mari. Tout va basculer lorsqu'on annonce à Rodrigo la mort de son fils aîné, issu d'une maîtresse inconnu. Un Borgia de moins au moment où Rodrigo a besoin de répandre le nom de Borgia dans des places stratégiques. Pour rassembler ses troupes, il rassemble tous ses enfants dans son palais. Mais les tâches les plus prestigieuses, il les confie à Juan, alors que Cesare est l'aîné. Profondément blessé, celui-ci fulmine entre sa rancoeur et son besoin désespéré de plaire au cardinal, et se console dans les bras de sa maîtresse, enceinte, nouveau scandale à cacher. Alors que le pape décline, Rodrigo s'active à corrompre un à un tous les cardinaux pour récupérer leur voies.

Une plongée dans l'histoire d'un des papes les plus scandaleux et controversés. La dynastie Borgia est d'abord soigneusement présentée par plusieurs listes de personnages et arbres généalogiques. Car le premier point fort de cette saga, ce qui la rend profondément romanesque, c'est la force de ses personnages. Rodrigo Borgia est un mégalomane despotique dévoré par son ambition, esclaves de ses passions d'abord pour Vanozza puis pour Giulia la Bella, mais qui affiche pourtant une véritable volonté d'être fidèle à l'Eglise. Même s'il affiche une grande froideur pour ses enfants, il y est profondément attaché. Très ambivalent, ce personnage est tout bonnement fascinant, tant par ses faiblesses que par ses duretés. Un seul objectif: utiliser ses enfants pour asseoir son pouvoir. Juan sur le trône d'Espagne, Lucrezia alliée aux gouverneurs de Milan, Pise ou autre. César, quant à lui, est le perpétuel laissé pour compte. Perturbé, sombre, désireux de trouver sa place dans la dynastie Borgia, d'être une part du grand projet, il commettra n'importe quoi pour attirer l'attention qu'il estime lui être dûe. Il m'a beaucoup touché, parce que les horreurs qu'il commet sont toutes poussées par un terrible besoin de reconnaissance et s'il est celui à qui le nom de Borgia ne donnera presque rien, il est celui qui en souffrira le plus. Mais j'ai été surtout touchée par le personnage de Lucrezia, qui ne veut que se marier à un homme gentil et faire sa vie, et qui devient un jouet dans les mains de son père qui la vendra au gré de ses alliances.

Mais le livre ne s'arrête pas à une galerie de personnage qui noircissent au contact les uns des autres. Très bel objet à la couverture ouvragée et dorée à l'intérieur, il est rédigé dans un style particulier, très hâché, où l'on suit chaque personnage par petits paragraphes qui s'intercalent. Une composition en mosaïque qui demande un petit temps d'adaptation: on ne reste jamais longtemps avec un personnage, et l'on suit plusieurs histoires en parallèle, mais toutes étant liées, la lecture se passe plutôt bien, et ce style cinématographique, par petite touche, s'offre volontiers de beaux passages dramatiques ou lyriques sur lequels il s'attarde. Quant à l'aspect historique du roman, certes les personnages sont nombreux, les subtilités politiques parfois un peu obscures, mais le roman nous accompagne très bien, prenant la peine de rappeler brièvement les enjeux des scènes pour nous faciliter la compréhension. Car plonger dans une telle dépravation de l'Eglise et de la papauté, sans qu'on nous épargne les tortures, les bassesses auxquelles on se livre, nous pousse à nous demander si cette histoire est vraie. Des références aux fidèles témoins de l'époque et un style parfois froid et documentaire nous rappelle que cette histoire est en partie authentique et que la légende ne s'est pas bâtie sur rien.

La note de Mélu:

Note_4

Un immense merci aux éditions michel_lafon pour ce partenariat!

Un titre catégorie "Personne célèbre":

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