21_ortiesL'auteurValence Rouzaud, un nom qui m'était inconnu jusqu'à ce qu'il apparaisse dans un message me proposant de recevoir deux de ses recueils de poésie, et une jolie dédicace dans l'un d'entre eux.

Le livre: Je commencerai par le refrain habituel, "pas simple de parler de poésie". C'est d'autant plus frustrant que j'ai beaucoup adhéré à ces recueils. Vingt et une orties est un ensemble de lettres adressées à son éditeur, au poète, voire à un lecteur non identifié. Un petit mot sur la forme d'abord: des textes courts, expressifs, mais soigneusement mis en page, datés comme une histoire qui se déroule, signées "Valence" dans une belle calligraphie manuscrite et parsemées de dessins d'orties (signées Pacôme Yerma). Le format est donc très agréable à lire. Le sujet principal en est la poésie elle-même, qui s'agisse de son essence ou ou du rapport du poète à son travail, et plus généralement, la littérature, les mots, leur impact et leur rôle dans un monde qui, il faut le dire, n'est ni très poétisé ni très poétique et où le poète peine à trouver sa place:

"La littérature plongée dans l'hiver nucléaire de l'anecdote et du fait divers, je me suis réfugié dans mon usine à rêve au fond des bois".

Cette phrase, tirée de ma lettre préférée que je pourrai citer en entier, reflète aussi ce qui m'a plu dans ce livre: une langue profondément pétrie de travail verbal, de recherche de la formule, de choix des mots, de précision, de métaphores et d'images, en un mot: de "poétique". Cette langue reprend justement ses références dans une poésie lyrique, dans une ambiance parfois bucolique, mais les propose teintées de modernité, comme un clin d'oeil malicieux et inattendu pour celui qui croirait que la poésie, c'est poussiéreux. Et tout cela dans une grande fluidité, sans que les phrases ne nous semblent ni laborieuses ni pédantes. Réfléchir sur ce qui fait la littérature, avec une langue précise et soignée et sans se priver ni de second degré ni de quelques petites piques par-ci par là, j'adhère complètement. Parmi mes formules préférées:

" L'écrivain est un joyeux fêtard lorsqu'il maîtrise la syntaxe et s'en libère; et je suis pour affubler de mauvaises pensées la figure de la Belle au Bois Dormant"

"les mots ne sont-ils pas des maisons hantées, repensés par les vivants?"

rentierLe second recueil, de poèmes celui-ci, m'a moins convaincue. Peut-être parce que je n'ai d'abord pas adhéré à la mise en page. C'est de la prose, mais rédigée en lignes très courtes, et je n'ai pas réussi à trouver mon rythme de lecture. Oui, c'est bêtement matériel, mais j'aime aussi mon confort. Cette fois-ci, on retrouve un poète à la campagne, au rythme des saisons, de la terre, du soleil, des arbres, un univers propice aux pensées sur le temps qui passe, la philosophie, le rêve. Une parenthèse, où pourtant là encore, des thèmes bien contemporains viennent rappeler que ce rentier, si c'est depuis sa terre où l'on croise jardinier et facteur qu'il observe le monde, n'en est pas moins un fin observateur de notre monde urbain:

"Le temps des S.D.F. raccroche un nouveau wagon au train des incertitudes. Son double à la campagne, un triste épouvantail pesant tout mouillé deux bouts de bois en croix garde un champ d'O.G.M."

Mettre de tels sigles, qui cristallisent tant la modernité, dans une poésie bucolique, je m'incline.

Un grand merci aux éditions Les Deux-Siciles et à Valence Rouzaud pour cette découverte.


h_roine

L'Herbe

Les larmes mises en épave dans la
fourrière des mouchoirs, junkie, oublie-
les!... Sur la table de nuit des champs,
l'herbe deale avec les étoiles, et dans
les gaz de la chorophylle, près de
l'industrie nautique atomisée dans la
rosée, où le bonheur n'a pas d'ombre.
      Tu sais, le joint ne vaut pas un jonc.

De là à dire que la poésie est une drogue...