Cette semaine, place à un romantique: Johann Heinrich Füssli (1741-1825) est un britannique d'origine suisse. Amateur de personnages en mouvements assez violents, il est surtout connu pour celui-ci. Voici Cauchemar:

Johann_Heinrich_F_ssli_le_cauchemar

Une femme, à la peau aussi blanche que son linge, est étendue sur un lit, dans une position torturée, à moitié au bas de sa couche. Sa posture alanguie et son visage sans expression, associée à la pâleur, donnent clairement l'apparence de la mort. Ce qui m'a d'abord plu, c'est cette posture, qui même si elle est terriblement surfaite et affectée, a un petit côté familier: on se voit bien cauchemarder jusqu'à s'empêtrer dans les draps et tomber du lit.
Mais ce qui fait le sel de cette toile, c'est le cauchemar qui se matérialise dans la chambre, au-dessus de la dormeuse. On distingue d'abord un petit démon, perché sur le bord du lit, qui fixe ses malheurs avec un plaisir évident. Si vous n'aviez qu'une vague idée de ce qu'est un sourire diabolique, en voici un bel exemple. Ses sourcils froncés et son petit sourire sadique sont particulièrement dérangeants sur une si petite bestiole poilue. Son immobilité crée un contraste frappant avec la posture de la dormeuse, et l'on sent, sans trop savoir pourquoi, que c'est lui, malgré son attitude statique, qui provoque les convulsions de la jeune femme.
A l'arrière-plan, c'est une tête de cheval qui se glisse entre les tentures, un cheval auréolée de brume, disons-le clairement: un cheval fantôme, évanescent, aux grands yeux morts. Pourquoi un cheval? Son aspect famélique et terrifiant suffirait à répondre, mais il y a une autre interprétation possible. Symbole masculin de lubricité, le cheval rejoint par là le petit démon et le bouc, symboles de luxure et de fornication. Du coup, les minauderies de la dormeuse prennent un tout autre sens. Un rêve érotique, finalement?

Je vous laisse votre choix...